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Alex Salmond : « chaque mois passant, l’Écosse renforce sa position pro-européenne »

La salle du Moustoir, à Lorient, était bien remplie lundi dernier pour assister à la conférence donnée par Alex Salmond, l’ex-premier ministre écossais, celui qui organisa le premier référendum sur l’indépendance en 2014. Une visite diplomatique intéressante à laquelle a assisté Le Peuple breton.

Le directeur du festival, Lisardo Lombardia, a introduit la conférence en rappelant que « le festival interceltique n’est pas uniquement musical » et qu’il était également l’occasion d’échanger, économiquement, culturellement, politiquement. Il est clair que, durant 10 jours, la parole est libérée sur les questions institutionnelles et que le public du Festival interceltique qui, le reste de l’année, n’a souvent que faire de ces questions, s’en donne à cœur joie ! C’est à celui qui sera le plus indépendantiste… « Pour préparer cette édition, je me suis rendu en mai 2015 en Écosse, quelques mois après la défaite du « Yes ». A cette époque avait lieu les élections législatives et le SNP a obtenu 56 des 59 sièges. J’ai vécu une soirée inoubliable ! » a raconté Lisardo Lombardia avant de laisser la parole à celui qui a mené « ce combat visionnaire », Alex Salmond.

C’est la première fois que le leader écossais se rend à Lorient pour le festival interceltique. Visiblement amusé par le whisky breton, il a remercié ses hôtes, Jacques-Yves Le Touze, traducteur de son livre (paru en français aux éditions Yoran Embanner) et Sten Charbonneau, son interprète, de lui faire découvrir la Bretagne et son Histoire. Mais le propos de la conférence tournait principalement sur l’avenir de l’Europe et de la place dans l’Écosse dans ce futur. Car il est clair que le projet européen est en crise. « Bien que les dangers du populisme d’extrême-droite aient été écartés au cœur même de l’Europe, aux Pays-Bas ou en France, son ombre plane toujours à l’est et à l’ouest », a-t-il insisté. Mais malgré cette réalité, on continue de faire croire que la menace est autre, qu’elle est incarnée par des peuples désireux de s’exprimer. « La Commission fait la sourde oreille à certains processus démocratiques au sein de ses propres frontières ? Apparemment, tant qu’un État reste fidèle et loyal à l’Union européenne, certains droits démocratiques passent au second plan pour les bureaucrates européens, comme s’en rend actuellement compte la Catalogne ». « Pourtant, comme l’a indiqué lui-même le Président Juncker, l’Écosse a gagné le droit d’être entendue et d’être écoutée à Bruxelles » a-t-il complété.

Après quelques exemples choisis de l’Histoire de l’Écosse qui illustrent l’aspect progressiste des luttes, Alex Salmond a rappelé que la surdité était surtout anglaise. Il a fustigé la position de Theresa May qui refuse de discuter avec le SNP : « il est amusant de voir qu’un politique qui n’a même pas réussi à emporter la majorité lors des dernières élections [obligation d’alliance avec le DUP] se sente si important qu’il considère inutile de nous rencontrer ». Pourtant, le SNP a fait des propositions concrètes : « l’année dernière, le gouvernement écossais a publié un document sur l’avenir de l’Écosse : comment maintenir nos liens avec le reste de l’Europe, comme adapter le Royaume-Uni à cette nouveau situation. (…) Ce document propose que l’Écosse adhère à l’Espace Économique Européen (comme la Norvège), solution pour que l’Écosse garde ses liens avec l’Europe ». Le mépris ostensiblement affiché par la résidente du 10 downing street ne fait que renforcer la volonté d’indépendance du peuple écossais. « Chaque mois passant, l’Écosse renforce sa position pro-européenne alors que Londres s’enferme dans son isolationnisme et sa position s’affaiblit jour après jour » a déclaré Alex Salmond.

Suivaient des questions très pertinentes du public dont on retiendra surtout celle de Tudi Crequer de France bleu : « Jean-Yves Le Drian [ministre des affaires étrangères] soutiendra-t-il l’Écosse indépendante » ? Une manière de rappeler qu’en matière de diplomatie, ce sont les États qui mènent le bal et qu’Alex Salmond, tout ancien premier ministre qu’il est, n’a pu voir Jean-Yves Le Drian que caché. La réponse de l’invité était intelligente : « j’espère que tous les progressistes soutiendront l’Écosse ».

Dans le numéro de septembre du Peuple breton, vous trouverez une interview plus poussée d’Alex Salmond.

> Gael BRIAND

Gael BRIAND
Gael BRIAND est rédacteur en chef du mensuel Le Peuple breton depuis 2010. Il est l'auteur de "Bretagne-France, une relation coloniale" et a coordonné l'ouvrage "Réunifier la Bretagne ? Région contre métropoles". [Lire ses articles]
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