Accueil / Degemer / À la Une / Vieilles Charrues 2017 – Chronique d’une édition ensoleillée

Vieilles Charrues 2017 – Chronique d’une édition ensoleillée

L’édition 2017 des Vieilles Charrues a encore été une grande réussite. La météo y a bien aidée, avec une journée du samedi très chaude où les marchands de glace et les buvettes ont bien sûr fait le plein. Ci-dessous le traditionnel compte-rendu de Christian Pierre, habitué des lieux…

Quelques chiffres avant de parler de la partie artistique : 280000 festivaliers, 2000 de plus qu’en 2016, non pas par une augmentation du nombre de billets, mais avec plus de partenaires et plus de bénévoles. La jauge des billets vendus reste inchangée : 55000 par jour, limitée pour des raisons de sécurité, alors qu’il serait possible d’en vendre beaucoup plus certains soirs. Cela fait un bon moment qu’il n’y avait plus un seul billet à vendre.

Cette année, le nombre de bénévoles est monté à 6800, il faut ça pour faire tourner entre autres 700 mètres de bar et de restauration. Pour la restauration, 80 % des fournisseurs sont bretons, dont ¼ sont du Kreiz Breizh.

On compte entre 35000 et 40000 campeurs, lesquels ont la possibilité de boire gratuitement un verre de lait. En effet, chaque matin, les producteurs du Comité de développement des agriculteurs du Poher et les laiteries en distribuent entre 10h et 13h. Cette année, ce sont 4800 L qui ont été offerts.

Quelques chiffres encore : lors de la conférence de presse de clôture dimanche soir, le président Jean-Luc Martin expliquait que le festival est financé à 60 % par les billets (qui sont à 44 €/jour depuis 3 ans), 20 % par les ventes sur site, 20 % par des partenaires privés (dont une grande banque bretonne). Sans ces partenaires, le billet jour monterait de 10 à 15 €.

Le Festival a intégré cette année dans le site l’esplanade du Château de Kerampuilh, portant la surface totale à 100000 m², soit 10 hectares. Cela a entraîné des modifications dans l’accès au site, ce qui n’a pas empêché un couac le 1er jour. De gros bouchons sur la route impliquant l’engorgement des parkings a ensuite entraîné un afflux de festivaliers en même temps et une attente de 1h30 à 2h pour entrer sur site, pour des gens qui avaient déjà leurs billets.

Comme chaque année, le Festival accueillait des grands noms du rock (Arcade Fire, Phoenix etc.), du rap, de la musique électro etc. Inutile pour Le Peuple breton de s’y attarder puisque les medias l’ont déjà beaucoup fait. Quelques mots quand même sur les grandes scènes. La scène Glenmor accueillait jeudi Manu Chao qui, selon l’expression consacrée, a « mis le feu à la prairie » comme il l’avait déjà fait en 2001. Vendredi, c’était Renaud. Assez inaudible en début de concert, et d’ailleurs nombre de personnes sont parties. Mais la grande majorité est restée, la voix s’est progressivement améliorée, et ça a été l’apothéose avec « Morgane de toi » et « Dès que le vent soufflera ». Et dimanche, Matmatah pour son 5ème passage (mais pour la 1ere fois depuis 2008 et pour son retour) a réjouit tant les plus jeunes que leurs fans de la 1ere heure. Ils étaient suivi en face sur la scène Kerouac par Paolo Conte, forcément beaucoup plus calme en cette fin de dimanche après-midi. Mais il faut reconnaître qu’ à 80 ans, le monsieur a beaucoup de classe.

Venons en maintenant à la programmation d’un lieu qui passionne moins les médias : le chapiteau Gwernig. Le vendredi, c’est Erik Marchand, le local de Poullaouën, qui avait deux fois les honneurs de la programmation. En début d’après-midi, il était sur scène avec Bojan Z, pianiste de jazz franco-serbe. Cela ne surprendra pas ceux qui savent combien Erik aime la fusion de diverses musiques. La qualité était bien sûr présente ! Et plus tard dans l’après-midi, Erik était présent non pas personnellement mais via la formation de la « Kreiz Breizh Akademi#6 ». Le site de KBA présente KBA6 comme ceci : « Entre la recherche des timbres retravaillés et la transe électro, les thèmes musicaux de Basse-Bretagne trouvent fraîcheur, poésie et énergie électronique. » Il y avait bien sûr comme toujours la qualité inhérente aux groupes formés par Erik Marchand, avec des moments musicaux un peu surprenants. La prochaine « Kreiz Breiz Akademi#7 » sera sans doute plus classique autour du thème de la musique de bagad.

Ce même jeudi soir, un de mes coups de cœur Gwernig, le groupe « La Machine », cornemuse/ vielle/percu/contrebasse. Le programme disait que « les compositions sont inspirées, trempées dans le bain des musiques populaires du centre-France. » La cornemuse valait à elle seule le déplacement : une cornemuse « 20 pouces ». Le terme 20 pouces correspond à la longueur de ce que dans le centre de la France on a coutume d’appeler « hautbois », plutôt appelé « chalumeau » dans le reste de la France et bien sûr « levriad » chez nous en Bretagne. Et 20 pouces, ça fait quand même quasiment 51 cm (voir photo représentant avec Julien Barbances, le sonneur de La Machine). Quant au grand bourdon, il dépasse le mètre !

Le samedi, il y avait « San Salvador » (on y reviendra) et le traditionnel Fest-noz des Charrues, avec entre autres, en couple les locaux du Bagad Karaez Yann Péron (penn soner du bagad et ancien penn soner du Bagad de Lann-Bihouée) avec son compère Maxime Quenet, suivi du groupe Ampouailh qui lui n’a pas mis le feu à la prairie mais au moins au chapiteau !

Le dimanche soir, coup de cœur aussi pour « Kharoub », formé par le bien connu et talentueux Hamon-Martin Quintet accompagné cette fois par deux Palestiniens : le chanteur et oudiste Basel Zayed et son frère Yousef aux percussions. Le groupe s’est formé suite à une rencontre à Jérusalem et chante en français et en arabe la résistance et la lutte du peuple palestinien. L’histoire de la rencontre est ainsi résumée sur le site « A la zim » : « Octobre 2014, le quintet Hamon-Martin se rend à Jérusalem et en Cisjordanie. À Jérusalem, au Théâtre El-Hakawati, il rencontre le chanteur et oudiste palestinien Basel Zayed. Dans le camp de réfugiés de Shu’afat une centaine d’enfants se mettent à danser immédiatement au son d’une ridée. À Nabi Saleh en Cisjordanie, ce vendredi-là comme chaque vendredi, au milieu d’une manifestation visant à récupérer la source du village illégalement accaparée depuis 6 ans par la colonie voisine, sur le flanc de la montagne se trouve un arbre protecteur, un caroubier. Un refuge où l’on se met à chanter à l’abri des gaz lacrymogènes. »

Et revenons pour finir à ce que je considère comme mon coup de cœur n°1 : le groupe « San Salvador ». Ensemble de polyphonie corrézienne, les chanteurs (3 hommes, 3 femmes), chantent essentiellement en occitan. Seul accompagnement musical, et pas sur tous les morceaux : 1 tambourin et 2 tambours. Les voix féminines et masculines se marient parfaitement. Après leur magnifique prestation, le public du chapiteau ne voulait plus les laisser partir. Un grand moment du festival. Et un groupe à voir et surtout à écouter. C’est vrai qu’ils tournent surtout sur le Sud de l’hexagone, mais ils sont passés par exemple au printemps à Paimpol.

> Christian Pierre

Christian Pierre

Né en 1949, Christian PIERRE est membre de l’UDB depuis 1977 et du bureau de sa fédération depuis 1979. Très engagé pour la Bretagne, il est très investi aussi dans les Droits de l’Homme, comme à l’ACAT (ONG chrétienne de lutte pour l’abolition de la torture et contre la peine de mort) dont il est coordonnateur régional. Il milite enfin pour les droits du peuple palestinien.

0030ff6149175138b7ade50f4963ce1crrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr