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La Poste ou comment détruire ce qui nous est le plus cher

veiller sur mes parents
Alors que La Poste voulait en début d’année supprimer 7 bureaux à Rennes pour des raisons de productivité, elle vient maintenant de passer au niveau supérieur. La Poste est un outil important ne serait-ce que du point de vue du lien social : beaucoup de personnes n’ont pas internet, ne voient plus leur famille, bref vivent une fracture sociale que la fracture numérique n’arrange pas. L’entreprise a donc un rôle important pour l’intégration des personnes les plus isolées. Mais ce lien social, elle souhaite désormais le monnayer.

5 minutes du facteur avec notre grand-mère coûtera désormais environ 20 euros. En conséquence, plus une personne sera isolée, seule, plus elle devra payer. De ce point de vue, on ne peut pas vraiment dire que cette nouvelle offre « Veiller sur mes parents » est bienveillante ! Comment veiller sur des personnes en difficultés, isolées, avec en toile de fond l’appât du gain ? Jusqu’à présent, le souci de l’autre n’était pas à acheter, prendre soin des gens n’était pas à vendre, mais faisait partie du lien social normal, du bon vivre ensemble. La Poste promeut ainsi, derrière une apparente bienveillance, une mesquinerie tout à fait assumée, une mesquinerie à vendre ! Mais rassurons-nous : les personnes payant pour ce service pourraient, dans une certaine mesure, bénéficier d’une réduction d’impôts.

Certes, jadis, une tournée postale pouvait être rallongée dès lors que le facteur passait du temps avec les clients, mais monnayer le lien social dénature ce dernier. Étendre l’usage de la monnaie au lien social, c’est symboliser le lien social par la valeur de chaque personne, la valeur d’une conversation. L’introduction du gain financier dans les relations sociales relève d’une réification de la personne, soit l’aliénation totale de l’humain à sa valeur marchande. La réification, terme introduit par Marx, est la réduction de l’humain à un statut d’objet.

« Prenez-les quand ils sont vulnérables » est bel et bien la devise capitaliste de La Poste. Nous sommes à l’apogée du néo-libéralisme avec la destruction de ce qui, dans le lien social, est fondamental. Le remplacement de l’empathie, de la compassion, de la sympathie et finalement de l’ensemble des émotions humaines relatives au lien que les individus entretiennent par la réduction de l’individu comme objet de jouissance est symptomatique d’un nouveau monde… dont nous ne voulons pas !

> Clément Guillanton

Clément Guillanton
24 ans, né à Nantes en 1993, Clément Guillanton a été à l’école Diwan de Nantes, pour poursuivre en filière publique française par la suite. Il est étudiant en Master de psychopathologie à Rennes et écrit activement dans la revue littéraire et philosophique bretonne Nidiad. Collaborateur du groupe UDB à la mairie de Rennes et participant à la création du collectif Brezhoneg er Skol-Veur, il milite avec d’autres étudiants pour favoriser la visibilité du breton à l’université Rennes 2.
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