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Affaire du joggeur d’Hillion : suite… mais pas fin !

hillion

Acte I. Début septembre, sur ce même site, Le Peuple breton signalait qu’« un nouveau décès tragique s’est produit le 8 septembre à l’embouchure du Gouessant à Hillion, là même où en 2011, 36 sangliers avaient été retrouvé morts. Cette fois, c’est un joggeur qui a été retrouvé à moitié enfoncé dans la vase, face contre terre, probablement victime d’une crise cardiaque. Il aurait tenté de sauver son chien envasé, mais le chien lui s’est libéré et c’est son retour tout seul qui a donné l’alerte à la famille. « Nous pensons qu’il a voulu secourir l’animal qui s’était envasé et qu’il a alors été victime d’une défaillance respiratoire », indique Patrick Lewden, procureur adjoint, dans le Télégramme. » Le même procureur adjoint qui ajoutait « Un éventuel lien avec les algues vertes en putréfaction est écarté également : la présence d’algues n’a pas été constatée autour du corps de la victime. Ce qui est normal, puisque le ramassage est effectué conformément aux arrêtés préfectoraux ». Fin de l’Acte I.

Début de l’acte II : Rebondissement quelques jours plus tard, après qu’on nous ait dit que d’après les premiers témoignages recueillis sur les lieux du drame par les gendarmes, une première hypothèse avait été avancée. La victime, se serait aventurée dans la vasière pour secourir son chien. Il s’y serait alors enlisé jusqu’à la taille. En tentant de s’en extraire, il aurait été victime « vraisemblablement d’un infarctus », provoquant son décès. Or, 15 jours plus tard, le procureur lui-même et non plus son adjoint, est contraint d’admettre que « contrairement aux éléments rapportés initialement au Parquet, un pompier qui a procédé à la récupération du corps, indique que celui-ci n’était pas enlisé jusqu’à la taille, mais allongé face contre terre sur la vase, le visage dans la boue. » Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela changeait radicalement la façon d’appréhender l’événement ! Le procureur se voyait obligé de demander l’exhumation du corps pour autopsie suivie bien sûr d’analyses complémentaires.

Acte III. Le 9 décembre, 3 mois après le décès – « hâtons-nous lentement » – le rapport d’autopsie est enfin publié. Langue de bois… « En l’état des résultats de l’autopsie et des analyses anatomopathologiques, sans possibilité d’analyse toxicologique fiable, les causes de la mort ne peuvent être clairement déterminées » nous dit le communiqué de presse du procureur de la république, communiqué dont le Peuple breton a obtenu copie. Il serait fastidieux de donner ici copie totale du communiqué. Laissons plutôt la parole à Yves Marie Le Lay, président de Sauvegarde du Trégor, qui a écrit à son tour au procureur dans un courrier dont Le Peuple breton a eu également copie :

Monsieur le procureur,

Nous prenons connaissance du rapport d’autopsie de Monsieur Auffray que vous avez rendu public ce vendredi 9 décembre, trois mois après le décès. A sa lecture, nous y trouvons plus de questions que de réponses. Vous y écrivez que « l’aspect des poumons est compatible avec une asphyxie œdémateuse orientant vers une cause d’origine centrale qui peut survenir sous l’effet de toxique dont l’H2S ». Sachant qu’aucun autre toxique n’a été décelé sur les lieux, l’H2S serait donc le seul toxique envisageable. Mais vous vous empressez de rajouter que cette asphyxie œdémateuse pourrait être aussi le produit « d’une privation brutale d’oxygène résultant d’un arrêt cardiaque ». Pourquoi alors n’envisagez vous pas que cet arrêt cardiaque soit tout simplement le résultat de l’intoxication à l’hydrogène sulfuré ? Pourquoi lever une deuxième hypothèse qui finalement revient à la première, puisque vous n’apportez aucune explication à cet arrêt cardiaque, chez un sportif de haut niveau rompu à tous les efforts ? […]

Vous précisez enfin que sur les lieux de l’accident, les mesures ont révélé « en certains endroits, lorsque ces boues sont remuées, des émanations de ce gaz (ndlr : H2S) à des niveaux pouvant atteindre rapidement plus de 1000 ppm ». […] Or, dans sa fiche toxicologique, l’Institut National de Recherche et de Sécurité souligne qu’« aux concentrations supérieures à 1000 ppm, le décès survient très rapidement en quelques minutes ». En fonction de tous ces éléments, comment pouvez en toute cohérence conclure à « l’absence de lien de causalité direct entre ce décès et la présence d’hydrogène sulfuré » ?

Nous ne savons si les plaintes que nos associations ont déposé contre Monsieur le Préfet des Côtes d’Armor feront un jour l’objet d’une instruction, d’une audience et d’un jugement. En attendant cette hypothétique issue, nous laissons seuls juges toutes les citoyennes et tous les citoyens censés évaluer par eux-mêmes, en toute cohérence, en leur âme et conscience, le bien-fondé de vos conclusions ou celui des nôtres.

Acte V. Yves-Marie Le lay en « remet une couche » cette fois en communiquant au nom du collectif des Citoyens Indignés avec un argument non dénué d’intérêt quand cette fois il communique sur le sujet :

Il flotte comme un air de Mediator sur notre belle province !

Qui se souvient encore de l’arrêt Moulin ? C’est le nom d’une condamnation de la France par la Cour Européenne des Droits de l’Homme le 23 novembre 2010. Motif : « Les membres du ministère public […], en France ne remplissent pas l’exigence d’indépendance à l’égard de l’exécutif, qui, selon une jurisprudence constante, compte au même titre que l’impartialité, parmi les garanties inhérentes à la notion autonome de « magistrat » au sens de l’article 5 & 3 (de la Convention Européenne des Droits de l’Homme) ». Pour le dire directement, le procureur, en France, n’est pas une autorité judiciaire indépendante, parce que subordonné au pouvoir exécutif !

Le récent communiqué du Procureur de Saint-Brieuc sur les causes de la mort d’un jogger dans une vasière en Bretagne n’en est-il pas une manifestation éclatante ? Car, comment comprendre cette très mauvaise copie ? Elle est un modèle d’incohérence. Son auteur énonce toute une série de faits mettant en évidence la présence en forte concentration d’hydrogène sulfuré dans les lieux, le constat d’une mort brutale caractéristique d’une intoxication à ce gaz, un œdème pulmonaire propre à ce type d’intoxication. Et il conclut qu’on ne peut établir de lien de causalité directe entre le décès de la victime et la présence d’hydrogène sulfuré. Ainsi, les arguments avancés conduisent à l’inverse de la conclusion qu’ils appellent logiquement. Ce n’est pas un contre-sens, c’est un non-sens.

Alors qui a raison ? Le procureur ou ceux qui contestent les conclusions ? La réponse claire et nette ne va pas tarder…

Dimanche 18 décembre, acte VI. Communiqué, heureusement largement médiatisé, et écrit, excusez du peu, par 8 sommités médicales, dont 4 spécialisés en toxicologie, dont il est bien difficile de mettre en doute l’expertise et leurs conclusions sans appel dans l’affaire d’Hillion. Là encore, laissons leur la parole :

Décès d’un jogger dans les vases du Gouessant, le 8 septembre 2016 :

Les informations communiquées par le Procureur confirment l’intoxication aigüe au sulfure d’hydrogène (H2S). Le communiqué, publié par le procureur de la République, le vendredi 9 décembre, contient trois informations importantes :

1. l’autopsie du jogger n’a décelé aucune maladie qui aurait été méconnue : il était donc bien en excellente santé, jusqu’à son décès soudain ;

2. par contre, l’autopsie a montré un œdème du poumon, ce qui est habituel lors d’une intoxication au sulfure d’hydrogène ;

3. enfin, de nouvelles mesures du sulfure d’hydrogène dans les vases du Gouessant – apparemment effectuées sur le lieu du décès – ont montré que le simple fait de les remuer peut entraîner des concentrations très élevées, supérieures à 1 000 ppm, mortelles en quelques minutes.

Ces 3 informations sont des signes concordants d’une intoxication aiguë au sulfure d’hydrogène.

Les explications embarrassées du Procureur ne visent qu’à dissimuler cette cause du décès, évidente pour des spécialistes. […]

En conclusion, les médecins et toxicologues demandent aux autorités de communiquer le compte-rendu de l’autopsie et des examens histologiques, les résultats des dosages d’H2S dans les tissus et en particulier dans le tissu pulmonaire ainsi que le compte-rendu des nouvelles analyses d’H2S dans les vases du Gouessant. Le communiqué est signé du Dr Claude LESNÉ (Ingénieur de Recherche hors classe honoraire – CNRS), de Jean-François NARBONNE (Professeur de Toxicologie honoraire), de Jean-Dominique PUYT (Professeur de Pharmacie- Toxicologie honoraire), d’André PICOT (Directeur de Recherche honoraire – CNRS), du Dr Françoise RIOU (MCU-PH de Santé Publique), du Dr Pierre PHILIPPE (Médecin Urgentiste), du Dr Brigitte ZALI (Médecin du Travail) et du Dr Gérard DURAND (Médecin de Santé Publique).

Le Peuple breton se contentera, lui, de laisser chacun juge et terminera juste par une question : à quand l’acte VII ?

> Christian Pierre

Christian Pierre
Né en 1949, Christian PIERRE est membre de l'UDB depuis 1977 et du bureau de sa fédération depuis 1979. Très engagé pour la Bretagne, il est très investi aussi dans les Droits de l'Homme, comme à l'ACAT (ONG chrétienne de lutte pour l'abolition de la torture et contre la peine de mort) dont il est coordonnateur régional. Il milite enfin pour les droits du peuple palestinien.