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Framasoft claque la porte au nez du Ministère de l’Éducation Nationale

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Dans un article du 25 novembre, l’association Framasoft faisait savoir qu’elle « n’ira plus prendre le thé au Ministère de l’Éducation Nationale ». « Il ne s’agit pas de claquer la porte, mais au contraire d’en ouvrir d’autres vers des acteurs qui nous semblent plus sincères dans leur choix du libre et ne souhaitent pas se cacher derrière une « neutralité et égalité de traitement » complètement biaisée par l’entrisme de Google, Apple ou Microsoft au sein de l’institution » justifie-t-elle.

Le différent porte sur la signature d’un contrat entre d’une part l’État français et d’autre part l’entreprise Microsoft. La Ministre de l’Éducation Nationale, Najat Vallaud-Belkacem, s’enorgueillissait récemment de son « Plan numérique à l’école » que la multinationale américaine doit aider à mettre en place. Face aux critiques de Framasoft, l’institution leur avait répondu que la Ministre de l’Éducation Nationale est « neutre technologiquement ». L’association rétorque à juste titre qu’une technologie n’est pas neutre : « En fait, estime-t-elle, la position de la ministre est un sophisme déjà bien ancien ; c’est celui du Gorgias de Platon qui explique que la rhétorique étant une technique, il n’y en a pas de bon ou de mauvais usage, elle ne serait qu’un moyen. Or, lui oppose Socrate, aucune technique n’est neutre : le principe d’efficacité suppose déjà d’opérer des choix, y compris économiques, pour utiliser une technique plutôt qu’une autre ; la possession d’une technique est déjà en soi une position de pouvoir ». L’association rappelle ensuite l’analyse qu’en faisait Jacques Ellul : « la technique est un système autonome qui impose des usages à l’homme qui en retour en devient addict ». Selon elle, « choisir un système [d’exploitation] plutôt qu’un autre relève d’une stratégie réfléchie et partisane ».

Réseau d’éducation populaire, Framasoft promeut les logiciels libres en lieu et place des systèmes privatifs que sont Apple ou Microsoft pour ne citer qu’eux. « Au moins depuis 1997, l’entrisme de Microsoft dans les organes de l’Éducation Nationale a abouti à des partenariats et des accords-cadres qui finirent par imposer les produits de cette firme dans les moindres recoins, comme s’il était naturel d’utiliser des solutions privatrices pour conditionner les pratiques d’enseignement, les apprentissages et in fine tous les usages numériques. Et ne parlons pas des coûts que ces marchés publics engendrent, même si les solutions retenues le sont souvent, au moins pour commencer, à « prix cassé » » dénonce l’association lasse d’essayer de faire pencher l’État vers des systèmes d’exploitation libre. Elle dénonce le « coût cognitif des outils logiciels qui, sous couvert d’apprentissage numérique, enferme les pratiques dans des modèles privateurs : « Les enfants qui ont grandi avec Microsoft utiliseront Microsoft » ».

« Vous n’avez qu’à proposer » dit en substance le Ministère à la réaction de Framasoft. « Tant qu’on réfléchit en termes de pure consommation et de fournisseur de services, le logiciel libre n’a aucune chance », conclut le réseau. Malgré une longue collaboration entre Framasoft et le Ministère, le chapitre semble donc être bel et bien terminé.

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