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Du roman national à la manif pour tous : le portrait de François Fillon

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Victoire inattendue, surprenante et écrasante. Personne ne l’attendait et surtout pas de cette manière. On se croirait presque dans un épisode de « 24 heures chrono ». Beaucoup de personne ont décidé de voter lors de cette primaire pour mettre l’ancien Président Nicolas Sarkozy dehors. Et pour se faire, ils auraient reporté leur choix sur François Fillon. À l’heure où les jeux semblent faits, on oublie qui il est. Qui se cache derrière ce masque rassurant de bon père de famille catholique ?

François Fillon, c’est d’abord de grandes avancées sociales et sociétales en danger. Ouvertement hostile au mariage pour tous, il ne reviendrait pas dessus mais élaborerait des règles plus contraignantes notamment pour interdire les adoptions plénières aux couples homosexuels. Pour ce faire, il enfreindrait la convention internationale des droits de l’enfant ainsi que la convention européenne des droits de l’Homme. « Compte tenu de sa foi » dit-il, il ne cautionne pas la pratique de l’IVG, mais il n’y a, en réalité, pas de réel risque qu’il remette l’avortement en cause comme il l’a affirmé suite à la polémique lancée par Alain Juppé. Il n’empêche que les positions de l’homme sur ces sujets nous laissent pantois quant aux éventuelles prises de positions futures.

François Fillon, c’est aussi celui qui veut faire de la France un véritable lit de Procuste, qui défend la logique coloniale en disant que « la France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord ». Ce n’est plus la Droite décomplexée, c’est le colonialisme décomplexé !

François Fillon, c’est également celui qui veut réintroduire le « roman national », comme aux plus belles heures de la IIIème République. Le roman national, cet instrument à falsifier l’Histoire, à lobotomiser le citoyen et à jeter aux oubliettes les origines des peuples hexagonaux. On pense à ces situations à la fois désespérantes et cocasses, racontées par de nombreux petits élèves martiniquais, réunionnais ou guadeloupéens, dans lesquels ces derniers rapportent que leurs professeurs affirmaient avec une certitude à toute épreuve que leurs ancêtres étaient les gaulois et nul autre. Ce même roman national qui enleva aux bretons, basques, corses, alsaciens ou autres la capacité même d’imaginer qu’ils aient eu une Histoire en dehors de cet instrument de propagande qui mettait une France éternelle en exergue. Ainsi, pour monsieur Fillon, les enseignants ont le tort d’apprendre aux enfants à comprendre que le passé est source d’interrogations. Pour lui, « faire douter de notre Histoire : cette instruction est honteuse ! » alors que le but principal de l’Histoire est précisément le fait de douter, de chercher, de nuancer, de comprendre soi-même et l’autre. Ne pas douter de l’Histoire, c’est ne pas comprendre les erreurs passées, et ainsi les reproduire.

Les citoyens recherchent à travers le futur chef de l’État un renouveau, un changement. François Fillon évoque plutôt le conservatisme. C’est un candidat du passé, arc-bouté sur lui-même, un héritier de Thatcher comme le démontre son programme économique. Parmi ses propositions phares, on retrouve ni plus ni moins que la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires afin de faire des économies et ce, malgré les nombreuses critiques de tous bords qui jugent ce projet irréalisable et extrême. Mais aussi le passage immédiat aux 39 heures payées 37 dans l’administration. Nicolas Sarkozy avait déjà essayé de réduire drastiquement les remplacements de fonctionnaires ce qu’il n’avait pas complètement réussi pour une raison simple : nous sommes dans l’un des États les plus centralisés au monde et bon nombre de ces fonctionnaires sont en rapport avec cette hypercentralisation. Si nos élites veulent réellement réduire le nombre de fonctionnaires administratifs, la logique voudrait qu’il amorce une réelle dévolution. Monsieur Fillon semble très éloigné de cette idée. Même s’il propose de réduire de deux couches le mille-feuilles territorial et d’accorder en conséquence de nouveaux transferts de compétences aux régions, c’est bien toujours l’État qui définira dans le moindre détail les modalités d’exercice des compétences transférées.

François Fillon, c’est aussi l’ancien Président des Pays de la Loire qui nie catégoriquement toute idée de réunification administrative de la Bretagne et même d’identité bretonne en Loire-Atlantique. Celui qui est un chaud partisan de la création d’une région « Grand-Ouest » prépare donc la disparition d’une Bretagne bien trop dérangeante pour ce parfait produit du jacobinisme.

En résumé, François Fillon, c’est la représentation de la toute-puissance jacobine sans respect pour celui qui ne rentre pas dans le moule. Il n’est pas non-plus question de diaboliser un homme puisqu’il semblerait qu’il ne soit pas le seul dans ce cas dans la course à l’Élysée. Mais la perspective d’en faire le prochain président de la république signifiera certainement un retour en arrière brutal sur bien des points et en premier lieu pour la démocratie locale.

> Jean-Christophe Cordaillat-Dallara

Jean-Christophe Cordaillat-Dallara
Jean-Christophe Cordaillat-Dallara est un militant de l’UDB.