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Pourra-t-on un jour découvrir l’origine des fêtes de la Toussaint ?

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Lancée pour des raisons purement mercantiles sur le continent européen, Halloween reste à l’origine une fête coutumière des îles britanniques en marge de la chrétienté. Il n’en demeure pas moins possible que ces fêtes de la Toussaint ne constituent, en réalité, que les avatars modernes de cultes plus anciens.

Les druides gaulois célébraient la fête de Sahmain (le gaelique samhain signifie summer end, racine I.E. « sem » = été) durant une semaine au mois de Samonios (calendrier de Coligny). Cette semaine de fête marquait la nouvelle année et le passage de la saison claire à la saison sombre. Pour cette raison, il a toujours été tentant de supposer une corrélation avec l’équinoxe d’automne. Car c’est bien à partir de ce jour particulier dans l’année (le 22 septembre en 2013) que s’ouvre une saison sombre durant laquelle la durée de la nuit excède celle du jour.

Cependant, s’il est communément admis qu’Halloween et la fête des défunts du 2 novembre constituent des péripéties modernes de cette ancienne coutume ; n’est-il pas hasardeux d’essayer d’établir en plus, un lien avec l’équinoxe d’automne ? Il est en effet aisé d’objecter qu’à notre époque, l’équinoxe d’automne advient 41 jours avant le 2 novembre. À première vue, cela ne plaide pas en faveur d’un lien direct entre les deux événements.

La dérive des saisons dans le calendrier julien

Cependant, la compréhension du phénomène de précession des équinoxes, attribuée à Hipparque il y a près de 2200 ans, permet d’expliquer la lente dérive calendaire des phénomènes astronomiques au cours des âges, qui chaque année faisait avancer les jours d’équinoxe et de solstice dans le calendrier julien. La précession complète nécessitant près de 26000 ans, un décalage d’une journée se produisait donc tous les 72 ans.

Ainsi, un premier calcul simpliste semble indiquer que le jour de la fête de Sahmain (puis de ses avatars) et celui de l’équinoxe d’automne auraient pu coïncider il y a 2952 ans (41 x 72) à la fin de l’age du bronze européen, soit juste avant la période d’expansion de la culture réputée celtique de Hallstat.

Pour autant cet élément d’explication suffit-il à faire remonter l’origine de cette fête désormais chrétienne au début du premier millénaire av. JC ?

Le fait que la tradition chrétienne ait fini par intégrer, comme par hasard à cette date, une fête des défunts, n’implique pas que celle-ci soit venue se substituer à une pratique plus ancienne célébrée au moment de l’équinoxe d’automne.

Le point de vue de cet article est de prendre l’hypothèse que ce fût effectivement le cas.

Pour estimer le point de conjonction éventuel entre le jour de célébration de Samhain et celui de l’équinoxe d’automne et l’époque de son introduction dans le calendrier gaulois, il convient de déterminer préalablement à quelle date et selon quel calendrier la fête des défunts a été intronisée dans le rituel chrétien.

Les premiers textes qui l’ont mentionnée explicitement ne datent que du IXème siècle. Amalaire, diacre puis abbé de Metz, l’a signalé dans son ouvrage « De ecclesiasticis officiis » écrit vers 820. En 998, Odilon de Cluny institua une journée consacrée à la commémoration de tous les fidèles trépassés et la fixa le 2 Novembre. La fête des morts « chrétienne » s’imposa alors dans tout l’occident dès la seconde moitié du XIème siècle.

Or, jusqu’à cette date, le calendrier en usage dans la chrétienté était le calendrier julien mis au point à l’époque de Jules César vers -45. Il fixait la moyenne calendaire à 365,25 jours et avait institué le concept d’année bissextile afin de recaler le calendrier sur une journée pleine tous les 4 ans.

Mais cette valeur demeurait un peu trop forte par rapport à la durée de l’année tropique moyenne (valeur pour l’an 2000 environ 365,2421789 jours). Ainsi s’explique la lente dérive des saisons (vers le début de l’année), rapidement constatée, de l’ordre de deux semaines par millénaire.

La fin de la dérive des saisons

Le calendrier grégorien qui est lui aussi un calendrier solaire, fut alors instauré afin de recaler les saisons et conserver depuis lors leurs dates pratiquement fixes dans l’année calendaire.

Pour atteindre cet objectif, la réforme grégorienne de 1582 supprima trois années bissextiles par période de 400 ans, créant ainsi une année calendaire moyenne relativement précise de 365,2425 jours.

Notons que ce changement de calendrier ne modifia que les dates et non les jours puisqu’à l’instauration du calendrier grégorien, le vendredi 15 octobre succéda au jeudi 4 octobre.

Cette période de dix jours supprimée en 1582 doit donc être ajoutée au décalage entre le jour de l’équinoxe et celui de la fête des défunts. Cela porte le décalage à prendre en compte à 51 jours dès 1582. De ce fait, le point de divergence entre la célébration de l’équinoxe d’automne et la fête de Samhain (et/ou des défunts) aurait pu démarrer il y a environ 4100 ans. (51 x 72) + (2013-1582)

Expansion de la culture de l’age du bronze atlantique européen

Un bouleversement culturel est-il survenu à cette époque reculée, détournant les populations néolithiques d’un culte « solaire » ancien ? Que peut nous apprendre sur cette période l’archéologie moderne ?

L’analyse statistique de dizaines de sépultures mégalithiques réparties sur l’ensemble de la façade atlantique européenne permet de dépasser les cas particuliers pour considérer l’espace mégalithique dans sa globalité. L’examen de ce large échantillon pourtant disséminé à des latitudes très diverses a révélé que les bâtisseurs du Néolithique avaient édifié ces sépultures mégalithiques en suivant un système de 10 directions partageant l’horizon en 20 secteurs de 18°. Ce système présente des particularités inattendues, notamment des symétries méridiennes, impliquant qu’il reposait nécessairement sur des considérations astronomiques. Il confirme de cette façon l’existence d’une « astronomie funéraire mégalithique ».

Cette tradition mégalithique a perduré durant plusieurs millénaires, en diverses phases culturelles successives. La théorie du paradigme de la continuité paléolithique (PCP) de Mario Alinei impose aujourd’hui de réinterpréter les découvertes archéologiques et de repenser totalement le peuplement de l’Europe Atlantique et l’émergence des cultures proto-celtiques.

L’archéologie a montré qu’au long des cotes atlantiques, la métallurgie du bronze s’est déployée tardivement autour de 4100 ans avant le présent (BP) pour finalement subvertir toute l’aire de la culture mégalithique ancienne.

Après une probable période de transition, il est envisageable que des mutations culturelles et cultuelles soient intervenues en raison des modifications sociétales et commerciales induites par l’introduction de cette nouvelle technologie et par la mise en place des réseaux d’échanges renouvelés qu’elle impliquait. Un nouveau calendrier solaire a alors pu être institué, substituant de nouvelles fêtes cycliques aux dates traditionnelles mais peut être déconnectées des observations astronomiques des anciens prêtres relégués par de nouvelles élites, amorçant ainsi la lente dérive calendaire.

Une hypothèse à affiner

Il est évidemment encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives, et cette hypothèse devra être affinée. Néanmoins, on peut lister dans un ordre rétro-chronologique les divers faits qui permettent d’esquisser cette proposition.

  • L’idée de consacrer une journée de fête aux défunts est récente dans la tradition chrétienne. Elle semble établie ex-nihilo à la fin du dixième siècle, et fixée sans raison apparente au 2 novembre.
  • Une tradition celtique ancienne et bien documentée rapporte que la fête de Samhain (Kalan Goañv pour la Bretagne) marquait le début de l’hiver à cette même période. Le nom du mois de novembre en breton est d’ailleurs éloquent : Miz Du, le mois noir.
  • Dans le calendrier gaulois de Coligny, Samonios est présenté comme le premier mois de la nouvelle année, il marque étymologiquement la fin de l’été. Ce mois antique est corrélé à notre mois de novembre contemporain.
  • Le développement des diverses métallurgies, celle du fer, mais aussi aujourd’hui à l’aune de nouvelles analyses, celle du bronze, sont associées à l’émergence des cultures celtiques successives.
  • Sur les cotes atlantiques de l’Europe, l’age du bronze succède au néolithique, il y a environ 4000 ans.
  • Remarquablement, à la même période, l’équinoxe d’automne coïncidait avec ce qui est aujourd’hui le début de notre mois de novembre.
  • Avec l’apparition du mégalithisme au début du néolithique, une architecture funéraire astronomique calée sur les saisons s’est développée durant plusieurs millénaires.

Il n’est donc pas si improbable que notre fête des défunts plonge en fait ses racines dans les célébrations bien plus anciennes des premières civilisations agricoles organisées du néolithique atlantique européen, au travers de réadaptations successives opérées par les diverses traditions religieuses qui se sont succédées dans cet espace occidental au sein de populations demeurées majoritairement autochtones depuis la fin de la dernière glaciation.

> Gwenael HENRY

Gwenael HENRY
Gwenael Henry vit à Lézardrieux. Il est membre du bureau politique de l'UDB.
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