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Méchants Wallons !

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Paul Magnette, le chef du gouvernement wallon. Crédit: euractiv.

Oh ! Les méchants Wallons ! Ils veulent faire capoter avec trois millions d’habitants un beau traité que tous les européens attendent depuis des années avec impatience ! C’est très mal !

Les commentateurs s’en donnent à cœur joie pour dénoncer ces vilains petits canards de l’Europe, comme si chaque européen attendait que, enfin, l’on puisse commercer plus facilement avec le Canada. C’est bien connu : tout le monde sait ce qu’il y a dans ce traité. Les négociations qui durent depuis des années ont rempli nos journaux, nous ont tenu en haleine…

Mais on se moque de nous ! Ce traité dont personne ne connaissait les termes il y a à peine quelques mois, et dont la plupart des européens n’avaient pas entendu parler il y a à peine quelques jours, a été négocié comme le TAFTA, dans le plus grand secret et hors de tous les principes démocratiques de contrôle qui peuvent (ou devraient) exister.

Et aujourd’hui on dénonce ces vilains Wallons (pourtant autrefois présentés comme de gentils francophones) qui bloquent un traité qui serait selon ses défenseurs un progrès, une source de développement et d’emplois. Les ingrats !

Mais il faut les remercier au contraire. Le secret qui entoure les négociations commerciales avec les États-Unis et avec le Canada n’est pas acceptable. On entend çà et là de doctes économistes, et aussi des économistes autoproclamés, nous expliquer que ces traités, ce serait 1 % voire 2 % de croissance de plus pour l’Europe. Des emplois et du développement pour tous. Mais ces chiffres sont ils aussi justes que ceux que l’on entend depuis des années sur le redémarrage de la « croissance » qui créera des « emplois » des deux côtés de l’Atlantique ?

Qui peut croire les spécialistes de ce système qui a provoqué par sa bulle immobilière et ses emprunts toxiques la catastrophe que certains pays européens ont connu ? Qui peut accepter le principe des tribunaux arbitraux tel qu’il est prévu dans ces traités ? Qui peut croire qu’il suffit de faire traverser l’Atlantique à un peu plus de marchandises pour créer de l’activité ? Qui peut faire croire cela à une génération qui a vécu les délocalisations ? Qui peut croire à cette croissance à la mode ancienne ? Qui peut se fier à des responsables politiques qui ne tiennent même pas compte dans leur vision de l’économie de ce qui était, disaient ils il y a encore quelques mois, si important pour l’avenir de la planète à savoir la lutte contre le réchauffement climatique ?

On nous dit qu’il y a un mauvais traité qu’il faut renégocier et un tout petit, son petit frère, qu’il faut signer vite vite. Sinon la honte s’abattra sur l’Europe et ses citoyens. On devrait être contents, ils n’ont pas encore signé le plus nocif.

Mais non ! Il faut remercier les Wallons qui résistent et qui nous rappellent que la démocratie doit fonctionner si l’on veut faire accepter des décisions et si l’on veut que l’Europe existe autrement que comme un épouvantail si utile en ces jours de montée du nationalisme.

Il faut croire que ces Wallons qui avaient si bonne presse en France sont devenus infréquentables. Eux, les malheureux francophones que l’on disait maltraités par les méchants flamands. Eh bien ils ont bien changé. On ne les aime plus en France, dans les journaux, les radios et les télévisions !

C’est une bonne occasion aussi pour certains de dénoncer le danger du morcellement des États avec cette Wallonie et son parlement « régional » (mettre un accent de mépris en prononçant le mot ça fait mieux) qui refuse de faire ce qu’on lui dit.

Sauf que moi, citoyen européen, je n’ai jamais voté pour la Commission européenne, jamais voté pour les commissaires, jamais été informé de la moindre ligne contenue dans ce traité miracle.

Alors quand on me dit que le Parlement européen votera une fois le traité signé je me dis que si l’Europe respectait un peu plus les principes démocratiques je me sentirais mieux.

Alors merci les Wallons ! Vous non plus n’avez pas envie d’être mal… traités !

> David Grosclaude

David Grosclaude
David Grosclaude est ancien conseiller régional en Occitanie. Il s'est illustré notamment comme un élément clef pour l'ouverture de l'Office public de la langue occitane (OPLO) en menant une grève de la faim.