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Gabon : non-assistance à peuple en danger

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Ali Bongo

Après le SOS lancé par les gabonais à la communauté internationale, voici la réponse que leur fait notre ministre des affaires étrangères interviewé sur Europe 1 :

– journaliste : (…) Ali Bongo a été investi pour un 2ème mandat. Il y a de lourds soupçons de fraude : est-il, Ali Bongo, un président légitime aujourd’hui ?

– Jean-Marc Ayrault : Il y a la cour constitutionnelle gabonaise qui s’est prononcée, il y a eu des recours, c’est ce que nous avions recommandé. Il reste toujours un doute. Maintenant, il faut une solution politique de réconciliation et c’est ce que la France redit et répétera encore…

– journaliste : Mais c’est un interlocuteur légitime aujourd’hui ?

-JMA : Ben, il est investi ! Il est installé ! La France était représentée par son ambassadeur…Vous avez vu qu’il y a une certaine retenue après cette élection et en même temps ce que nous voulons ce n’est pas la déstabilisation du Gabon, et pour ça il faut que l’Union Africaine, qui a commencé à le faire, joue son rôle pour encourager Bongo à chercher une politique de rassemblement parce que je pense que c’est l’intérêt du Gabon, mais c’est aussi l’intérêt de toute l’Afrique…

 

Cette interview sonne le glas de l’espoir que certains gabonais avaient placé dans l’ex-métropole coloniale : la France. Elle aussi «  ressemble à la tour de Pise, qui penche toujours du même côté » : celui des tyrans. Sous prétexte de sauvegarder « l’intérêt de toute l’Afrique », elle n’est préoccupée que de ses intérêts propres : il faut empêcher la révolte gabonaise de contaminer le reste de son pré-carré et de fragiliser la position de nos fidèles amis les dictateurs tels Idriss Déby au Tchad, Joseph Kabila en RDC, Denis Sassou Nguesso en République du Congo ou Paul Biya au Cameroun. Elle accepte donc piteusement le fait accompli et entérine la mascarade électorale gabonaise.

Contrairement à l’affirmation du ministre, aucun doute ne peut subsister dans l’esprit des observateurs honnêtes : BOA (Bongo Ondimba Ali) a bel et bien perpétré un hold up militaro-électoral [pour rappel, il aurait obtenu un score de 95,46 % dans son fief avec plus de 99 % de participation]. La majorité du peuple gabonais n’a qu’un désir : se débarrasser du système prédateur qui l’oppresse depuis plus de 50 ans avec la complicité de la France. Lui demander de se réconcilier avec son bourreau est monstrueux : c’est oublier que le despote n’a pas hésité à lancer ses troupes prendre d’assaut le QG de Jean Ping en qui les gabonais ont placé leur confiance, à faire tirer à l’arme lourde sur des manifestants aux mains nues, et à procéder à des centaines d’enlèvements.

Le préalable à une réconciliation nationale souhaitée par tous ne peut être que le départ du clan Bongo. Notons en passant que la « Garde Républicaine », milice armée au service exclusif de la présidence et principale responsable des exactions post-électorales, est entraînée et équipée par la France : ce sont des hélicoptères et des Mirages français qui survolent Libreville pour terroriser la population et ce sont des armes françaises qui ont tué des personnes dont le seul crime était de se réclamer de ces  « Droits de l’Homme » dont nos dirigeants se proclament les champions à domicile, mais qu’ils bafouent sans vergogne à l’extérieur. Le président Hollande prétend être en guerre contre le terrorisme : en se faisant implicitement le complice d’un terroriste qui prend ses concitoyens en otage, il se rend coupable de non-assistance à peuple en danger.

> Didier Jégou

Didier Jégou

Breton de la diaspora né en 1953 à Villequier en Normandie, de parents originaires du Trégor finistérien, Didier a passé sa jeunesse en Flandre française. Il a commencé à militer pour la Bretagne en 1973, alors qu’il habitait encore à Dunkerque. Entré à la poste en 1975, il travaille 4 ans à Bobigny avant d’être muté à Vannes puis à Lannion. Udébiste depuis 1978, il a pu fonder une famille « gwenn ha du » puisque son épouse est originaire du Gabon, ce qui explique son intérêt pour l’Afrique…

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