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Bayer – Monsanto, le pire mariage du siècle ?

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Le très prochain « mariage » Bayer – Monsanto dont l’annonce officielle a eu lieu le 14 septembre n’est peut-être pas le pire mariage du siècle, mais ça y ressemble fort. Pour l’instant, c’est du moins le plus médiatisée.

Aujourd’hui, six sociétés transnationales détiennent 63 % du marché mondial des semences et 75 % du marché agrochimique. Le « Big Six » est formé de Monsanto, Dow, Dupont, Syngenta, Bayer et BASF. Bayer, c’est bien sûr l’aspirine que la firme fût la première à synthétiser, mais c’est aussi au cours de l’Histoire l’Ypérite, le gaz moutarde de la 1ère Guerre mondiale, quelques scandales pendant la 2ème Guerre, puis les ceux de l’huile frelatée et du sang contaminé, et plus récemment les tristement célèbres néonicotinoïdes tueurs d’abeilles. Monsanto, c’était l’un des fabricants de l’« agent orange » (le Napalm), un défoliant fort prisé des USA pendant la guerre du Vietnam. C’était le pyralène, utilisé notamment dans les transformateurs et qui a fini par être interdit aux États-Unis en 1979 et en France en 1987 (quelle réactivité !). Sa forte toxicité est telle qu’il se retrouve encore dans l’environnement et dans nos corps. C’est enfin le glyphosate, mais cela parle beaucoup plus si on dit « Roundup » ! Monsanto, c’est aussi la main-mise mondiale sur les semences plus spécialement OGM, avec pression sur les agriculteurs en particulier en Amérique du Nord et Amérique latine pour qu’ils n’utilisent que les semences Monsanto.

Il y a quelques mois, la firme avait déjà tenté une alliance avec les Suisses de Syngenta. Sans succès. « Le projet de fusion avait suscité beaucoup de commentaires et de la spéculation dans le monde des affaires, ainsi que parmi les militants anti-OGM puisque la société en résultant aurait contrôlé 45 % du marché mondial des semences et 30 % du marché agrochimique » affirme Carmelo Ruiz, auteur, professeur et journaliste portoricain spécialiste des problèmes d’environnement liés à Monsanto. Il faut dire que les terres fertiles de Porto Rico sont le plus généralement louées à Monsanto. La tentative d’union, qui avait capoté, était la réponse à autre union, celle de Dow et de Dupont en novembre 2015, ce qui en avait fait le n°1 mondial de l’agroalimentaire. Dow Agrosciences, division agricole de Dow, tient 10 % du marché agrochimique mondial et 4 % du marché des semences commerciales. Le site « Usine nouvelle » écrit que « la capitalisation du nouveau géant de la chimie dépassera les 130 milliards de dollars (118,4 milliards d’euros) ; donnant naissance au numéro un mondial, devant l’allemand BASF. Et à un géant de l’agrochimie, bousculant le suisse Syngenta. » Dupont détient, à travers sa filiale Pioneer, 21 % du marché des semences commerciales du monde et 6 % du marché agrochimique. Enfin, il existe des liens solides entre le semencier Dupont et les tracteurs John Deere. Il faut bien mettre les semences en terre !

L’échec de l’union Bayer-Syngenta a entraîné alors des offres de rachat de Syngenta par BASF et par un autre géant, le chinois Chemchina (pneus automobiles, raffinage de produits pétroliers, et produits fertilisants). C’est Chemchina qui a emporté la mise.

D’où le rapprochement de Bayer et Monsanto obligés d’essayer de peser devant les autres mastodontes, d’autant plus que Monsanto se trouvait confronté à un double problème, le fait que le brevet du Roundup tombait dans le domaine public et que le même Roundup était enfin reconnu cancérigène par de nombreux États, européens en particulier. Carmelo Ruiz écrit aussi qu« aux États-Unis, les agriculteurs font maintenant face à près de 100 millions d’acres de mauvaises herbes résistantes aux herbicides, cela dans 36 Etats. Et dans le monde, au moins 24 espèces de mauvaises herbes sont maintenant résistantes au glyphosate ».

La future union Bayer-Monsanto donne aussi l’occasion de faire le lien avec la Bretagne, plus précisément avec Triskalia. Le 27 mai 2014, « deux anciens salariés de Nutréa-Triskalia « victimes des pesticides » ont ouvert [symboliquement] la marche contre Monsanto dans les rues de Guingamp » selon Ouest-France. En juin 2014, c’étaient quatre plaignants de Triskalia-Nutrea qui passaient devant le tribunal de St Brieuc car atteints d’hypersensibilité aux produits chimiques multiples (MCS) depuis 2009 et 2011. En 2009, ils avaient été exposé à « Nuvan total », un pesticide interdit depuis 2007!

Cela fait plusieurs années que des employés de Triskalia se battent pour que l’on reconnaisse que les maladies qu’ils ont contractées (cancers, lymphomes etc.) sont dues aux contacts répétés qu’ils ont eu avec les pesticides : manipulation de produits chimiques sans aucune protection, sans masque, avec une ventilation insuffisante, parfois obligés de ramasser à la main de pesticides échappés de sacs éventrés, conduite à longueur de temps de camions contenants ces produits etc. Ils ont en particulier manipulé du Nuvan total après 2007 (année où ce produit a pourtant été interdit en France).

Ce produit est fabriqué en Asie, ni par Monsanto, ni par Bayer c’est exact, mais il y a quelques années, Bayer produisait exactement le même type de produit : la firme commercialisait le trichlorfon distribué en France en tant que produit phytosanitaire à travers les produits de noms commerciaux Tugon 30 et Tugon pulvérisation (produits composés à 30 % de trichlorfon). Or, le trichlorfon est aussi un produit organophosphoré, également interdit en France car classé cancérogène depuis 2008, et surtout il est très proche du produit utilisé chez Triskalia, comme le prouve les analyses du très sérieux NCBI américain (National Center for Biotechnology Information) dans une étude sur « les effets des deux insecticides trichlorfon et dichlorvos sur la réponse immunitaire de la carpe / effets sur la prolifération des lymphocites ». On peut donc imaginer facilement que si ces deux produits ont des effets sur les animaux, ils en ont sur l’homme…

Ces produits sont heureusement interdits chez nous, mais en 2014, ils étaient encore utilisés à Madagascar. Peut-être le sont-ils encore d’ailleurs ? Ce n’est pas avec la fusion des grands groupes agrochimiques que ce type de comportements sera éradiqué.

> Christian Pierre

Christian Pierre
Né en 1949, Christian PIERRE est membre de l'UDB depuis 1977 et du bureau de sa fédération depuis 1979. Très engagé pour la Bretagne, il est très investi aussi dans les Droits de l'Homme, comme à l'ACAT (ONG chrétienne de lutte pour l'abolition de la torture et contre la peine de mort) dont il est coordonnateur régional. Il milite enfin pour les droits du peuple palestinien.

Un commentaire / Un evezhiadenn

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