Accueil / Degemer / À la Une / Pour le Parlement européen, une Écosse indépendante serait automatiquement dans l’UE !

Pour le Parlement européen, une Écosse indépendante serait automatiquement dans l’UE !

verhofstadt-sturgeon

Le Parlement européen vient de nommer Guy Verhofstadt, ancien Premier Ministre belge et Président du groupe des démocrates et libéraux au Parlement européen, chef des négociateurs du Parlement européen sur la question du Brexit. Un excellent signal pour l’Écosse.

Peu de personnes le savent mais le Parlement européen va jouer un rôle important dans les négociations liées au Brexit. Le fameux « article 50 » du traité de Lisbonne, celui qui permet à un État de quitter l’Union Européenne et qui doit être activé prochainement par le Royaume-Uni, est clair : tout accord négocié entre le pays voulant sortir, le Royaume-Uni, et l’Union Européenne – même si on ne sait toujours pas qui de la Commission européenne, de l’Exécutif européen, ou du Conseil représentant les 27 autres États est l’Union Européenne ? – doit être ratifié par le Parlement européen avant qu’une majorité qualifiée des États ne valide cet accord.

Le Parlement, et donc l’ensemble des citoyens européens, aura donc son mot à dire sur le Brexit. Il n’est pas question pour le Parlement européen d’interdire à un pays de quitter l’Union, a fortiori si ce choix a été fait dans le respect de l’art démocratique comme lors du référendum britannique du 23 juin dernier, mais de s’assurer que les conditions de départ sont justes et équitables afin d’éviter le « cadeau de départ » dont les seules victimes seraient celles qui resteraient dans l’Union ou, à l’inverse, la « punition éternelle » des citoyens quittant l’Union sous prétexte qu’ils auraient « mal voté ». Non, le Parlement doit être respectueux de la démocratie et s’assurer que l’accord est juste et équitable pour tout le monde.

En tout cas, le choix que le Parlement européen vient de faire en nommant Guy Verhofstadt comme négociateur en chef du PE, est un signal politique fort envoyé à la Commission européenne, au Conseil et surtout au Royaume-Uni.

Verhofstadt : l’ami des nationalistes?

Président de l’Alliance des Démocrates et Libéraux en Europe (ADLE où siègent le MODEM et l’UDI en France) depuis 2009 et sa première élection au Parlement européen, Guy Verhofstadt est un homme politique de premier rang à Bruxelles. Il a été Premier Ministre belge (1999-2008) et il est devenu en moins d’une décennie le leader, de facto, des fédéralistes européens revendiquant toujours plus d’intégration en Europe, après avoir échoué au poste de Président de la Commission européenne en 2004 et 2014.

Flamand et libéral, Verhofstadt est loin d’être un ami de nos amis. Anti-nationaliste en Flandres, sans pour autant être opposé à plus d’autonomie pour la Flandres, il n’a jamais porté dans son cœur les idées d’indépendance des peuples sans État. Paradoxalement, il a dans son groupe au Parlement européen 2 élus nationalistes : une basque du PNV (Centre-droit) et un catalan de Convergencia (Centre-droit).

Pourtant, c’est bien lui qui, depuis le 23 juin, a ouvertement et publiquement soutenu le gouvernement écossais qui souhaite assurer la place de l’Écosse en Europe en sortant du Royaume-Uni si cela devait s’avérer nécessaire.

L’Ecosse automatiquement dans l’Union !

En effet, quelques jours après le référendum sur le Brexit, il avait reçu Nicola Sturgeon, la Première Ministre écossaise, tout comme Martin Schulz et Jean Claude Juncker, respectivement Président du Parlement européen et chef des socialistes et Président de la Commission européenne et chef des chrétiens-démocrates à Bruxelles. En lui assurant tout son soutien, le nouveau chef des négociateurs du Parlement avait alors déclaré : « Si l’Écosse décide de quitter le Royaume-Uni, et d’être un État indépendant, et si elle décide de faire partie de l’Union Européenne, je crois qu’il n’y a pas d’obstacle à cela ! ».

Cette petite phrase, qui allait de paire avec l’accueil plus que chaleureux de Schulz et Juncker, le même jour à Bruxelles, avait été fraîchement reçue à Londres aussi bien qu’à Madrid mais très chaleureusement appréciée à Édimbourg.

En effet, si le Royaume-Uni a voté à 52 % pour quitter l’UE, 62 % des Écossais, et chacune des circonscriptions électorales écossaises – qu’elles soient rurales ou urbaines, pro-indépendance ou anti, progressistes ou conservatrices, « continentales » ou « insulaires », ont voté pour rester. La promesse faite par Londres aux Écossais en 2014 (voter contre l’indépendance car c’était le seul moyen de rester dans l’Union européenne) a été trahie par les Anglais qui ont fait sortir les Écossais de l’Europe contre leur volonté.

Désormais, avec la nomination de Verhofstadt, la position du Parlement européen est claire : les Écossais, s’ils le souhaitent, auront automatiquement leur place dans l’UE en cas de départ de Londres. Un précédent existe d’ailleurs ! En 1982, par référendum, 53 % des Groenlandais décidèrent de sortir de l’UE qu’ils avaient rejointe, contre leur gré, en 1973, en tant que territoire rattaché à la Couronne danoise. On pourrait donc très bien imaginer un scenario identique : une sortie de l’Angleterre de l’UE et parallèlement l’Écosse (et l’Irlande du Nord), resterait dans l’Union Européenne sans avoir à passer par la case « adhésion »!

> Roccu Garoby

Roccu Garoby
Roccu Garoby est vice-président de l’Alliance Libre Européenne Jeune, membre du PNC Ghjuventù en Corse.

Un commentaire / Un evezhiadenn

75e02fe8e18cf40c2ad9b26fb576b269&&&&&&&&&