Accueil / Degemer / À la Une / L’exigence d’une appellation « Vins de Bretagne »

L’exigence d’une appellation « Vins de Bretagne »

vins bretons

Un rassemblement s’est tenu le 4 juin dernier à la Haye-Fouassière, devant le domaine la Quilla de Gérard Vinet (président d’Interloire), à l’initiative des viticulteurs du Collectif pour la Promotion du Vignoble Nantais (CPVN).

Maxime Chéneau, viticulteur à Mouzillon et co-responsable du collectif, a précisé que « la manifestation au domaine de Gérard Vinet avait pour but d’obtenir l’annulation des procédures de recouvrement cotisations professionnelles que de très nombreux viticulteurs ne peuvent plus payer, ainsi que l’arrêt des visites des huissiers mandatés par Interloire ». Il a rappelé que dès 1998 « Gérard Vinet, alors président du CIVN (Comité Interprofessionnel des Vins de Nantes, a lancé le projet Loire dans le but d’intégrer Interloire, organisation interprofessionnelle des vignerons et négociants du Val de Loire, pour diminuer les coûts de communication ». Cet organisme a pour missions de défendre et développer les appellations et mettre en valeur les vignobles du Val de Loire, d’accroître la notoriété et promouvoir l’image générale des vins de Loire en France et à l’étranger, puis d’accompagner le développement technique régional.

Curieuse stratégie en effet. Verrait-on le vignoble d’Alsace demander à la Champagne de faire la promotion de ses vins ? Assurément, non ! Les appellations du Val de Loire ont donc absorbé le vignoble nantais, ses belles maisons de négoce et leurs carnets d’adresses via de grands groupes qui proposent dorénavant les vins blancs secs du Val de Loire en lieu et place du Muscadet qui n’intéresse plus la grande distribution malgré des prix extrêmement bas. Le pays nantais a donc perdu le contrôle de l’ensemble de son vignoble et de ses appellations. C’est ce qu’a parfaitement décrit Alan Coraud, ex-viticulteur et ancien maire de La Renaudière, lors de sa prise de parole à cette manifestation. Pourtant, le savoir-faire des viticulteurs est ancien. Ils produisent depuis longtemps d’excellents Muscadets à boire jeune ou plus tard, car ils se révèlent peu à peu comme des grands vins de garde (à 10 ans, 20 ans et plus). Ils peuvent alors être confondus avec certains grands vins blancs de Bourgogne et des Rieslings grand crus d’Alsace !

Concernant les vins de Pays, un décret du 12 mai 2007 en fixe les conditions de production et leur syndicat, dont le siège est à Angers, précise depuis lors l’obligation de mentionner « Vins de pays du Val de Loire » et l’interdiction de mentionner « Vins de Pays des Marches de Bretagne ». C’est négliger encore plus le marché local et breton alors que la Bretagne (4 587 000 habitants) et sa diaspora dispose d’ambassadeurs dans le monde entier afin de promouvoir les diverses appellations des vins du Pays Nantais et du Pays de Retz.

En effet, le CIVN s’est rapproché d’Interloire qui, ignorant cet immense marché potentiel, a appliqué une stratégie de communication totalement inadaptée et vouée à l’échec, sur l’air des vins de guinguettes, ce qu’elle vient d’admettre en abandonnant la promotion des appellations aux Organismes de Défense et de Gestion (ODG). En 20 ans, cette gestion calamiteuse de la part des organismes de promotion des vins nantais a conduit à des méventes et des réductions des surfaces plantées en muscadet de 13 000 ha à 8 500 ha avec des prix de marché dérisoires. Le nombre de viticulteurs est passé de 1050 en 1991 à 450 en 2014. Cependant depuis 20 ans, la cotisation volontaire obligatoire (CVO) à l’organisation professionnelle a augmenté de 400 % pour atteindre 4,5 €/hectolitre, soit parfois jusqu’à 10 % du prix du Muscadet payé par le négoce, quand il trouve preneur ! Ceci n’empêche pas Interloire de continuer à réclamer les cotisations obligatoires impayées, qui représentent actuellement 9 % de son budget alors que rien n’est fait pour promouvoir le muscadet. Ceci monte l’importance du nombre de viticulteurs refusant ce régler ces cotisations. Au total, c’est environ 3 millions d’euros qui sont collectés en année normale au titre des CVO dans le vignoble Nantais.

Le Collectif pour la Promotion du Vignoble Nantais (CPVN) a lancé un appel à la société civile bretonne et aux relais d’opinion pour sortir les vins nantais et en particulier le muscadet du marasme actuel afin d’obtenir une meilleure reconnaissance territoriale, nationale et internationale.

Ce collectif réclame une grande et unique appellation « Vins de Bretagne » et propose notamment :

  • une nouvelle organisation professionnelle à l’échelle du pays nantais,

  • une communication cohérente pour retrouver l’identité des vins de Nantes,

  • le renforcement de l’IGP Marches de Bretagne,

  • la création d’une appellation « Crémant de Bretagne »,

  • le soutien des appellations Berligou (cépage Pinot noir) et Melon de Bretagne (cépage Muscadet).

Par ces propositions, le CVPN souhaite redonner un véritable dynamisme à l’ensemble du vignoble nantais pour maintenir les emplois puis assurer son développement économique.

> Martial Catherine

Martial Catherine
Martial Catherine a été responsable du réseau national de surveillance microbiologique pendant une dizaine d'année au Centre de Nantes Atlantique de l'Ifremer, expert auprès de la Commission européenne (DG Santé des consommateurs) et a terminé sa carrière à la tête du laboratoire national de référence pour le contrôle de la contamination bactérienne et virale des coquillages. Il s'intéresse à l'économie maritime, aux questions agricoles et de société, aux relations internationales et à tous les aspects de la vie culturelle.