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Pays de Galles. 4 000 emplois en sursis à Port-Talbot

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Les campagnes électorales ne vont jamais au train imaginé, il y a toujours des imprévus. Au Royaume-Uni, lʼannonce par le sidérurgiste Tata de la vente de ses actifs a fait lʼeffet dʼune bombe. À Port-Talbot, au Pays de Galles, 4 000 emplois sont en jeu.

Depuis quelques mois lʼinquiétude régnait à Port-Talbot, où les sidérurgistes de lʼusine rachetée par Tata en 2007 étaient déjà sous la menace dʼune réduction conséquente du personnel avec un millier de postes ciblé en janvier. Mais en mars, le groupe indien nʼa pas fait dans la dentelle. Il a officialisé sa volonté de se débarasser de ses aciéries britanniques. 15 000 emplois sont en jeu dont 4 000 à Port-Talbot, la plus importante aciérie du Royaume.

La surproduction qui a entrainé une chute des cours et la concurrence chinoise seraient les raisons invoquées par Tata pour expliquer sa décision de recentrer son activité Europe sur les Pays-Bas. Autant dire que ce nʼest pas lʼhirondelle qui est arrivée avec le printemps mais une véritable gifle pour les ouvriers de cette usine située entre Cardiff et Swansea.

La première réaction de Leanne Wood, leader du Plaid Cymru, a été dʼappeler lʼensemble des partis politiques à mettre leurs différences de côté et travailler à la recherche de solutions dʼavenir pour ce site emblématique. Pour elle qui a vécu dans son enfance la crise des houillères, lʼheure était à « lʼunion nationale » pour éviter un nouveau drame social dans un pays qui, selon elle, subit encore les effets de la perte de lʼindustrie du charbon. Cʼest tout naturellement que ses premères pensées ont été pour les ouvriers quʼelle a qualifiés de « main dʼoeuvre hautement qualifiée ».

Certains leaders comme Jeremy Corbin du Labour ont tout de suite réclamé une nationalisation des aciéries tout comme (si, si !) le leader libéral démocrate Kirsty Williams, quand dʼautres proposaient a minima une prise de participation ou encore que lʼhypothèse dʼune reprise par les salariés puisse sérieusement être envisagée. De son côté, Leanne Wood sʼest souvenue de la crise financière de 2008. Pour elle, « si les banques ont été renflouées, alors lʼindustrie de lʼacier doit aussi être renflouée ».

Du côté du gouvernement travailliste gallois, on sʼest refusé à la solution adoptée par le gouvernement écossais qui a acheté deux usines appartenant à Tata dans le Lanarkshire. Le Premier ministre Carwyn Jones a prétexté quʼil y avait une différence importante dʼéchelle entre les sites avec 200 emplois sécurisés en Écosse quand, à Port-Talbot, 4 000 emplois sont en jeu.

Mardi dernier, soit un mois après lʼannonce de Tata, le Premier ministre britannique David Cameron a traîné ses guêtres in situ mais sans avoir véritablement les clés du problème dans sa besace. Il a juste réaffirmé que le gouvernement travaillait à la recherche de solutions y compris celle de la prise de participation, mais en prenant soin de replacer les négociations en cours sur lʼavenir de lʼindustrie de lʼacier dans le contexte économique mondial.

Lʼappel à la responsabilité de tous lancé par Leanne Wood semble avoir été entendu. Mais, dans lʼimmédiat, lʼinquiétude est toujours de mise à Port-Talbot où une fermeture brutale représenterait certainement le drame social le plus important depuis la crise minière des années 80. Lʼemploi demeure une véritable difficulté au Pays-de-Galles et des « saignées » comme celle qui se profile à lʼhorizon, si aucune alternative sérieuse nʼest trouvée, risquent de faire très mal. On peut également subodorer quʼun Brexit – décision le 23 juin – aggraverait les difficultés du Pays-de-Galles.

Bref, la campagne pour la nouvelle Assemblée nationale du pays se déroule dans un contexte social particulièrement pesant avec un horizon plus menaçant que chargé dʼespoir. Face à lʼurgence de lʼimmédiat, la transition économique semble peut-être bien loin pour les Gallois. Espérons quʼils nʼauront pas le mauvais réflexe de choisir le repli en votant encore plus fortement que les sondages ne le prédisent pour UKIP qui a clairement rendu responsable lʼUnion Européenne des déboires de lʼaciérie britannique. Dʼune élection au référendum, il nʼy a quʼun pas que lʼextrême droite britannique franchit allègrement. Mais il demeure au Pays-de-Galles une sorte de conscience de classe qui maintient la gauche à un bon niveau. On le voit dʼailleurs dans la vallée minière de Rhondda où les travaillistes et le Plaid sont au coude à coude. En termes de perspectives, lʼanalyse des résultats électoraux de la circonscription de Port-Talbot sera intéressante.

> Christophe Kergosien

Christophe Kergosien est un ancien journaliste. Il s'intéresse aux questions énergétiques, mais aussi de démocratie locale.
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