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Le libéralisme est un dogme

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Myriam El Khomri sʼapprête à présenter son projet de loi « visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs » (lʼordre des mots est important), le 9 mars prochain, en conseil des Ministres. Le contenu de ce projet de loi est, en lʼétat, une attaque sans précédent contre les droits des salariés. Pour en être pleinement persuadé, il convient dʼabord de revenir aux origines et au rôle du Code de travail. À quoi sert-il ? Dʼoù vient-il ?

Le code du travail

Le code du travail est lié aux fondements même de lʼéconomie capitaliste. Le véritable avènement de celle-ci se situe au 19ème siècle. À cette époque, il nʼexistait aucun règlement lié au travail salarié naissant. Les salariés « négociaient » donc directement, en tête à tête, avec leur potentiel employeur, les conditions de leur emploi, le salaire, les horaires… Inutile de rappeler les conditions du rapport de force de lʼépoque : exode rural massif apportant de la main d’œuvre abondante et bon marché dans les villes, permettant aux patrons de payer misérablement des salariés réduits à lʼétat dʼesclaves, dont beaucoup dʼenfants. Les patrons maximisaient ainsi leur profits et leur investissement en capital dans lʼentreprise.

Le marché du travail

Comment une telle situation peut-elle se produire ? Cʼest relativement simple. Elle est inhérente au fonctionnement du capitalisme tel que lʼavait analysé Marx dès le 19ème. Selon sa loi de la valeur, il nʼexiste quʼune seule source de création de valeur ajoutée, le travail. La valeur dʼéchange dʼune marchandise est fondée sur le travail socialement nécessaire à sa production. Mieux, sans travail, le capital est dévalorisé. Marx établit donc que le travail est indispensable au capitalisme pour générer du profit et que la répartition de ce profit dépend des conditions sociales de production, cʼest-à-dire des rapports de forces dans la société. On dit que les rapports sociaux sont réifiés par la capitalisme : ils sont matérialisés, par de lʼargent réparti dʼune certaine manière. Or il nʼaura échappé à personne quʼhier comme aujourdʼhui, au sein de lʼentreprise, dans une économie capitaliste, comme lʼindique le nom de celle-ci, ce sont les détenteurs de capitaux qui ont le pouvoir. Ce sont donc les actionnaires dans une société cotée ou les « patrons » dans des entreprises dont le capital nʼest pas ouvert, qui décident et qui donnent les ordres aux salariés.

Karl Polanyi lʼa démontré (dans La Grande Transformation, ouvrage « capital » si jʼose dire), le capitalisme sʼest « généralisé » grâce à la marchandisation de trois facteurs clés : la terre, le travail et la monnaie. Ces trois composantes ont été « mises sur le marché ». Polanyi a aussi démontré que les interventions étatiques sont des réactions aux dérèglements du marché et non la source de ces dysfonctionnements. Le travailleur, dépourvu de rente financière ou immobilière, nʼétant pas en mesure dʼemprunter du capital à une banque pour créer sa propre entreprise ou nʼayant pas « la vocation », vend « ses services » sur le marché de lʼemploi. Il nʼest dépositaire que dʼun seul capital : son savoir-faire, son intelligence, ses compétences, son « capital humain », sa force de travail, quʼil va louer pour un temps déterminé à un employeur qui lui en a besoin pour valoriser son capital.

Le code du travail nʼest donc pas la cause de déséquilibres sur le marché du travail, il en est la conséquence. Il a été instauré pour protéger les travailleurs qui étaient broyés par la machine capitaliste. Il nʼest pas inutile de rappeler que le chômage, les crises financières et les récessions préexistaient à lʼinstauration du code honni. Les libéraux refusent de lʼadmettre.

Le libéralisme

La doxa libéral considère que, dans une économie capitaliste, rien nʼest plus efficace que le marché. Il faut donc laisser faire le marché qui est efficient. Lʼoffre et la demande trouveront toujours, sur un marché libre, un point dʼéquilibre par le fixation dʼun prix. Ce prix se fixant fatalement au niveau où lʼoffre sera égale à la demande, ce sera le prix dʼéquilibre. Il en va de même pour le « marché de lʼemploi ». Laissons faire les demandeurs dʼemplois et les employeurs potentiels, chacun défendant son intérêt bien compris dans un monde où lʼinformation de toutes les parties est supposée « totale », le prix de lʼheure de travail se fixera au prix où tous ceux qui « veulent travailler » ont du boulot. Cʼest bien connu, moins lʼheure de travail est chère, plus les employeurs embauchent. Hé oui ! Bien sûr… puisque plus ils peuvent produire, plus ils peuvent générer de profit. Cʼest bien connu aussi, le travailleur est un fainéant calculateur. Il détermine en permanence, en fonction du niveau des salaires, sʼils acceptent de sacrifier son temps libre pour travailler ou pas. Dʼoù il en découle la grande idée (reçue) libérale : le marché étant efficient, la loi de lʼoffre et de la demande qui équilibre les prix, étant une loi de la science économique, le chômage ne peut provenir que dʼinterférences et de perturbations extérieures sur le marché de lʼemploi.

Ces théories stupides étant rapidement mises à mal car il suffit quʼun chômeur décide finalement de « casser les prix » pour que les salaires sʼeffondrent. Et il suffit quʼon atteigne le plein emploi pour que les salaires, au contraire, sʼenvolent. Le système ainsi décrit, « bagote ». Aïe. Quʼimporte ! Pour parer cela, les théoriciens libéraux ont inventé la « loi » des rendements décroissants qui indique que plus le salarié travaille, moins il est productif. La productivité marginale décroit. Cʼest très pratique puisque grâce à cette « loi » sortie du chapeau et elle aussi démentie par les faits, les patrons peuvent décréter quʼà partir dʼun certain nombre dʼheures, la productivité dʼun salarié devient trop faible pour générer du profit et lʼembauche devient contre-productive pour le patron. On ferme les embauches. Circulez, yʼa plus rien à voir ! Même si les salaires sont très bas, à un moment donné ça ne rapporte plus rien dʼembaucher. Et plus les salaires sont hauts, plus vite on atteint le seuil de rentabilité où lʼon arrête dʼembaucher.

Toutes ces théories funestes sont très pratiques pour les patrons. En effet, si on la foi libérale, le chômage ne peut-être lié quʼà un niveau de salaire trop élevé sur le marché (parfait bien entendu) qui ne peut lui-même provenir, on lʼa vu, que de perturbation sur le marché.

Ces élucubrations ont été démenties depuis belle lurette, notamment par Sonnenschein-Mantel-Debreu. Le théorème de Sonnenschein dit quʼon ne peut absolument pas être certains que la demande pour une marchandise donnée va augmenter si son prix baisse, ni que la demande va baisser si son prix augmente. La loi de « lʼoffre et de la demande » sur laquelle est bâtie toute la théorie néo-libérale nʼen est pas une. Un exemple : les actions à la bourse. Si le prix dʼune action augmente, la demande… augmente.

Mais ce nʼest pas grave. Nos amis libéraux persistent encore aujourdʼhui à affirmer que le chômage provient uniquement des perturbations sur le marché de lʼemploi, si parfait et optimal, et qui offre des conditions dʼinformation et de négociation parfaites et libres, pour tout dire, démocratiques, mais sans concertation des salariés, ce serait injuste …

  • Lʼétablissement dʼun salaire minimum (SMIC) est néfaste car il établit un plancher aux salaires qui peut alors se situer au-dessus du fameux « prix dʼéquilibre » censé garantir le plein emploi.

  • Le même raisonnement sʼapplique au temps de travail. Fixer un plancher ou un plafond vient perturber la négociation entre le salarié et lʼemployeur et empêcherait que le prix de lʼheure de travail soit optimal.

  • Le chômage est aussi dû, selon ces théories, aux syndicats qui, en défendant lʼemploi, les conditions de travail et les salaires, empêchent le prix dʼéquilibre des salaires de sʼétablir miraculeusement sur le sacro-saint marché. Les chômeurs (outsiders) ne peuvent sʼen prendre donc quʼaux honteux privilégiés qui ont un CDI (insiders) et qui sont défendus pas des syndicats

  • Les salariés, cʼest connu, sont des manipulateurs qui calculent précisément à quel prix ils acceptent volontiers de ne pas rester à la maison. Ce qui fait que les mesures dʼassurance chômage par exemple ou de revenus dʼinsertion lorsque lʼon est éloigné de lʼemploi, conduiraient les salariés à « préférer le chômage ».

  • Le code du travail empêcherait, enfin, que lorsque la conjoncture est moins bonne, les salaires ne baissent … Dans lʼidéal (du capitaliste) le prix (salaire) devrait se négocier de gré à gré chaque matin. Le chômage est donc dû aux « rigidité » du marché du travail

Ce dont il faut se rendre compte, cʼest que le chômage est une aubaine pour les entreprises capitalistes puisque selon les théories libérales, les salariés sont des escrocs qui, en situation de plein emploi choisiraient soit de tirer au flanc (puisquʼils trouveront toujours du boulot ailleurs), soit de passer leur temps à aller dʼune entreprise à lʼautre en faisant monter les prix. Le chômage est donc nécessaire pour mettre le petit peuple dans le droit chemin et cʼest tout à lʼhonneur du MEDEF de sʼen préoccuper.

Bien évidemment, énoncer le fait que le chômage préexistait aux Wellfare-states serait malotru ici. Pourtant cʼest un fait historique. Les systèmes d’assurance sociale sont la conséquence du chômage et de la précarité du monde du travail, et non la cause ! Les patrons ne veulent plus financer les allocations chômage ? Cʼest très simple : il leur suffit de rogner sur leurs profits pour résorber le chômage. Plus de chômage, plus de cotisation chômage à payer. Et on peut même baisser les autres cotisations puisque les budgets seraient à lʼéquilibre.

De même, on pourrait faire remarquer que la part des salaires dans la valeur ajoutée de nos pays s’effondre depuis des années et nʼa pas du tout suivi la courbe des gains de productivité. Pourtant, malgré cette « baisse générale des salaires », le chômage a explosé. Enfin, les profits ne se sont jamais aussi bien portés. Rien nʼy fait. Le libéralisme est un dogme. Ses tenants refusent de voir la réalité et dʼaccepter la démonstration de leurs erreurs. Ils ont la foi. Et visiblement Hollande, Valls et Mme El Khomri, lʼont.

Ces théories funestes visent à culpabiliser le peuple des travailleurs en leur expliquant que le chômage est de leur faute car ils sont trop gourmands, fainéants, manipulateurs et comploteurs et que toutes les « conquêtes sociales » dont la RTT, le salaire minimum, lʼinterdiction du travail des enfants, les normes de sécurité, les syndicats… sont responsables de la situation dramatique du marché de lʼemploi en France. Si on laissait faire le marché et les individus atomisés sur ce marché, le plein emploi sʼétablirait automatiquement grâce aux merveilleuses loi du marché, qui nʼen sont pas, de la non-moins merveilleuse science économique, qui nʼen est pas une non plus.

Dʼoù vient réellement le chômage ?

Lʼargument massue qui justifie tous ces cadeaux au patronat et au capital ? Le chômage bien sûr. Le gouvernement fait tout cela par philanthropie pour le petit peuple qui souffre. Cʼest tellement pratique. « Ces mesures que nous prenons visent à vous donner du travail. Et vous, bandes dʼingrats mal embouchés, vous protégez des acquis sociaux qui vous empêchent de trouver du boulot et qui creusent la dette ».

Si toutes les élucubrations libérales sont erronées, dʼoù vient réellement ce chômage ?

Le chômage vient tout simplement dʼun déficit de débouchés. En effet, une entreprise capitaliste nʼembauche que si cela lui permet dʼaugmenter ses profits. Elle nʼembauche que pour produire plus ou mieux, des produits et des services pour lesquelles elle a de la demande. Elle nʼembauche pas juste parce que le « marché de lʼemploi » est bien orienté et que les salariés sont prêt à bosser pour pas un rond. Elle nʼembauche pas non plus pour faire plaisir à l’État ou au peuple. Le but dʼune entreprise capitaliste est de faire du profit. Ça nʼest pas une association philanthrope. Si elle détermine quʼen embauchant, elle fera plus de profits par lʼaugmentation de la production, de nouveaux débouchés ou lʼoptimisation de sa production, elle embauchera. Cʼest pourquoi aussi, si elle peut continuer à trouver des débouchés à ses produits tout en baissant les coûts de production, elle le fera. Dʼoù le phénomène des délocalisations et de lʼévasion fiscale.

Or les débouchés proviennent de deux sources potentielles : la consommation ou lʼinvestissement. Interne ou externe (export). Cʼest pourquoi on entend toujours les mêmes rengaines sur la croissance (du PIB). Parce que le PIB est, grosso modo, égale à lʼaddition de la consommation intérieure, de lʼinvestissement public et privé, et de la balance commerciale (il faudrait ajouter la balancer monétaire mais pour simplifier nous allons la négliger). Qui dit croissance du PIB, dit donc, soit hausse de lʼinvestissement, soit hausse de la consommation, soit amélioration de la balance commerciale. Cʼest relativement simple. Si vous voulez relancer la croissance (du PIB), vous avez principalement trois leviers :

  • donner du pouvoir dʼachat aux peuple pour quʼils consomment plus, étant entendu que les riches à qui lʼon donnerait de lʼargent, en thésauriseraient une large partie ;

  • relancer lʼinvestissement privé ou public notamment au niveau des collectivités locales ou des grands investissements nationaux et européens ;

  • améliorer les exportations par une meilleur compétitivité, ce qui signifie que nos produits sont meilleurs (compétitivité-qualité) que ceux des autres ou quʼils sont moins chers pour une prestation équivalentes (compétitivité-prix).

Dans ce débat, les libéraux visent toujours les mêmes fins : baisse des charges pour relancer lʼinvestissement privé, hausse de lʼinvestissement privé et amélioration de la compétitivité-prix. Bien évidemment leurs cibles, compte-tenu de ce que nous avons dit précédemment, sont les acquis sociaux, les coûts salariaux, les impôts même sʼils ne crachent pas sur les aides publiques. Dans les faits, ces demandes visent à améliorer encore et toujours les taux de profits. Cʼest la politique qui a été menée depuis les années soixante-dix. Avec les résultats que lʼon sait : hold-up sur la valeur ajoutée par le capital, salaires qui stagnent voire régressent, inflation nulle, dont une BCE « indépendante » sʼest fait son seul et unique objectif, et pour cause ! Une hausse de lʼinflation fait perdre de la valeur au « capital planqué » (non réinvesti dans lʼéconomie), et permet de résorber les dettes artificiellement. Or, cette dette est elle-même un placement très rentable pour les détenteurs de capitaux puisque cʼest un placement sans risque et elle sert dʼargument imparable à lʼimmense opération dʼextorsion à laquelle sʼest livré le monde de la finance depuis la crise. Cadeau ! Or en refusant toute forme dʼinflation, on bride les salaires et donc lʼéconomie. Lʼaustérité est criminelle en période de croissance molle… quʼimporte ! Mon pognon dʼabord !

La gauche, elle, se plaçant du côté du peuple, aurait vocation à relancer lʼéconomie en augmentant la consommation par les salaires et, dans la lignée des idées de Keynes, à relancer lʼinvestissement publique par des grands travaux. Elle pourrait promouvoir la compétitivité-qualité tout en cherchant à minimiser les effets de la concurrence sur le marché de lʼemploi mais aussi sur le marché mondial des marchandises et des services, qui sʼavère aujourdʼhui déloyale dans la mondialisation libérale. Un autre cheval de bataille de la gauche est historiquement la répartition du profit… la fameuse lutte des classes ! Les détenteurs de capitaux et les prolétaires entrant dans un rapport de force pour le partage de la survaleur, le profit. Celui-ci est actuellement massivement détournée (puis caché dans les paradis fiscaux) par « le capital » grâce à la déréglementation et à la libre circulation des capitaux. Pour cela, il y a des armes comme le SMIC, les allocations, le renforcement des salariés dans la négociation notamment par le pouvoir des syndicats, et aussi, le remboursement aux salariés de la hausse de la productivité dont ils sont aussi largement responsables, ce qui veut dire : réduction du temps de travail. Cʼest un remboursement non pas en argent mais en temps qui doit être conjugué au maintien du pouvoir dʼachat. Si une production donnée prend de moins en moins de temps, en lʼabsence de toute action, le temps gagné est entièrement économisé par les « détenteurs de capitaux » qui font le même profit avec moins dʼheures de travail à rémunérer. Et ici commence le chômage… dont la réduction est le levier principal de toute politique de gauche car celui-ci, comme on lʼa vu, met les salariés en position délicate dans la « négociation capitaliste ».

Il est important aussi de bien comprendre que le chômage ne peut baisser réellement que si la croissance est supérieure à lʼaugmentation de la productivité. En effet, lʼaugmentation de la productivité a tendance à détruire des heures de travail puisque l’on est plus efficace. Lʼaugmentation de la production, la « croissance », a tendance à générer, elle, une augmentation du nombre d’heure de travail. À quantité de main d’œuvre constante, si la productivité augmente plus vite que la croissance, une destruction d’heures de travail disponibles sʼopère… le chômage. À quantité de main d’œuvre constante, oui, mais l’allongement de la durée de vie, l’immigration, la généralisation du travail féminin et la natalité relativement soutenue ont amené, dans un passé récent, à une augmentation de la quantité de main d’œuvre sur le marché du travail ce qui a amplifié le phénomène. Le papy-boom devrait rééquilibrer les choses et donc réduire mécaniquement le chômage de quelques points, surtout que l’immigration est très faible en ce moment en France. Tout ceci explique pourquoi les RTT sont une arme très puissante contre le chômage en période de croissance molle. Et la croissance est molle… depuis 30 ans !

Les RTT représentent simplement une prise en compte des gains de productivité. Les pays anglo-saxons ont géré la baisse tendancielle de la quantité de travail nécessaire pour produire le PIB, par la précarisation (multiples petits jobs). En Allemagne ou dans les pays du Nord de lʼEurope, cela sʼest fait par le chômage technique, les temps partiels mais aussi, et de plus en plus, par la précarité. En France, cette situation de croissance molle associée à une hausse de la quantité de main d’œuvre et de gains de productivités soutenus nʼa globalement pas été gérée. En dehors des 35 heures, rien nʼa été fait. Dʼoù le chômage. Mais la réduction du nombre dʼheures de travail disponibles est un fait. On le constate.

La réduction du temps de travail de chaque salarié n’est donc pas la source du chômage mais une des solutions les plus efficaces pour lutter contre.

Aujourdʼhui, des élus qui se disent « de gauche » proposent dʼaugmenter la durée hebdomadaire du travail en démantelant les 35 heures qui ont été, cʼest démontré, la meilleure mesure prise contre le chômage des 30 dernières années. Ces élus qui se disent de gauche réduisent lʼimpôt sur les bénéfices des entreprises et cherchent à retarder lʼâge de la retraite ce qui a pour effet dʼallonger encore et toujours le temps de travail sur la vie. La gauche socialiste française actuelle cherche à miner définitivement lʼexistence des syndicats en proposant des référendums internes qui se résumeront, on lʼa vu, à du chantage à la délocalisation. Cette soi-disant gauche propose de simplifier les licenciements en sʼattaquant aux indemnités prud’homales et de réduire les indemnités chômage car, c’est bien connu « il faut inciter à travailler ». Comme si les travailleurs qui n’ont que leur force de travail pour vivre (survivre) avaient besoin d’être incités à travailler… Cette « gauche » déchire lʼessentiel du Code du travail, né des luttes sociales pour protéger les travailleurs qui étaient, à lʼorigine, victimes dʼun marché injuste et inégalitaire, favorisant lʼexploitation.

Cette gauche est de droite.

Quelles solutions de gauche ?

Comme on lʼa vu, les solutions au chômage qui minent les comptes de notre pays et fragilisent les prolétaires dans une économie capitaliste, existent et sont relativement connues :

  • réduire le temps de travail : pour prendre en compte les gains de productivité qui ont détruits des heures de travail dans tous les pays industrialisés.

  • Investir : La crise climatique et le crise géopolitique que nous connaissons aujourdʼhui font de lʼautonomie énergétique par les énergies renouvelables et la baisse de la consommation en énergie fossiles et nucléaire, une évidence. Investir massivement dans ce domaine permettra une relance plus que nécessaire, qui serait sans doute plus efficace au niveau européen.

  • Relancer la consommation : le moyen le plus évident est de re-lo-ca-li-ser. Arrêtons de rêver dʼexportations qui nʼarriveront pas puisque les pays émergents vivent aujourdʼhui dʼexportation vers… chez nous ! La ré-industrialisation de nos pays est urgente (qui a osé parler de protectionnisme européen ?) et le développement de la consommation responsable locale et durable, un impératif.

  • Rétablir une balance plus équitable de la valeur ajoutée, notamment en sanctuarisant le code du travail, les acquis sociaux, et en imposant des règles comme celle des trois-tiers mais à lʼéchelle européenne car dans le cas contraire, la compétition interne reprendra de plus belle

  • Imposer le plein emploi comme objectif premier à une banque centrale européenne qui serait remise sous tutelle des peuples par le biais dʼune démocratie européenne renouvelée (oserait-on rêver dʼune fédération ?)

  • Lutter contre la concurrence déloyale entre les peuples et les systèmes sociaux, notamment par la lutte contre le dumping fiscal, social et environnemental

Ce sont ces discours que la gauche doit porter aujourdʼhui pour combattre ces fléaux qui sont le chômage, les inégalités et la mise en concurrence des peuples et des systèmes sociaux. M. Hollande et son Gouvernement font lʼinverse et cèdent entièrement à la religion ultra-libérale. La gauche sociale-démocrate a vendu son âme au diable et en est morte. Vivement que la prochaine gauche émerge des décombres en Europe. Il se pourrait quʼelle ait commencé, en Espagne, en Grèce et même en Angleterre ou aux États-Unis… Espérons quʼelle émergera avant que le peuple ne craque devant tant de trahison et ne vende, lui aussi, son âme au diable.

> Nicolas Kerdraon

Nicolas Kerdraon
Ancien élu à Saint-Michel-en-Grèves, Nicolas vit aujourd'hui à Vitré où il anime une université populaire.