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LʼÉtat souhaite-t-il la paix au Pays basque ?

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Le Peuple breton vient de recevoir le compte-rendu en français de la conférence humanitaire pour la paix au Pays basque qui a eu lieu en juin 2015 à Paris. Similaire au groupe « Friendship » au Parlement européen dont lʼobjectif est dʼaboutir à une paix durable au Pays basque, cette conférence se tenait après deux autres évènements marquants dans le processus de paix : dʼabord la Conférence dʼAiete, du 17 octobre 2011 puis la déclaration de Bayonne du 24 octobre 2014. La déclaration de Bayonne contient notamment des propositions portant sur la question des prisonnier-e-s, du désarmement et de la reconnaissance institutionnelle du Pays Basque sous administration française comme condition favorable à l’avancée du processus de paix.

Sept mois après la tenue de cette conférence de Paris, ce document permet de faire le point en particulier sur un point, celui du rapprochement des prisonniers ainsi que de leur libération en cas de maladie grave. Mais alors quʼETA a annoncé son désarmement, le pas en avant des États français et espagnol sont pour le moins timides pour ne pas dire nuls. Or, comme lʼexprima Gérard Kelly, membre de l’Exécutif National du Sinn Fein et député à l’Assemblée d’Irlande du Nord, lors de cette rencontre : « En Irlande du nord, les prisonnier-e-s politiques ont été un moteur pour le changement (…). Mais si un gouvernement ne permet pas un changement politique comme une alternative au conflit militaire, on ne peut guère espérer de paix, de réconciliation et de conclusion. »

La société basque est tout à fait consciente de cet enjeu et cʼest la raison pour laquelle étaient invités lors de cette conférence (outre les personnalités qualifiées) les victimes, tant dʼETA que du GAL (groupe antiterroriste de libération, milice secrète de lʼÉtat espagnol de 1983 à 1987). Toutes ces victimes souhaitent que la violence sʼarrête en Espagne comme en France et poussent pour une résolution politique. Difficile à obtenir avec un premier ministre français qui nie purement et simplement l’existence d’autres peuples que français au sein de l’État !

Gabriel Mouesca, ex-prisonnier basque, ancien Président de l’Observatoire International des Prisons (OIP) et co-président du Comité des Droits de l’Homme au Pays Basque (CDDHPB) rappelait en juin dernier que « globalement, des mesures dérogatoires continuent à être appliquées aux prisonnier-e-s basques, mesures contraires aux conventions internationales, aux directives européennes et au droit interne en France […]. Actuellement 94 prisonnier-e-s demeurent dans 28 prisons françaises et que 356 prisonnier-e-s demeurent dispersés dans 44 prisons espagnoles, menant leurs familles à parcourir des milliers de kilomètres pour leur rendre visite 25. Selon lui, cette situation n’a qu’un objectif : isoler les prisonnier-e-s et les empêcher de s’engager pleinement dans ce processus. »

Comme rappelé ci-dessus, la déclaration de Bayonne demande « que, dans le cadre d’un processus de libération mis en oeuvre dans un délai raisonnable, il soit mis un terme dans l’intérêt des familles, à la dispersion des prisonnier-e-s basques par des mesures de rapprochement familial et regroupement, et que, dans le respect des droits fondamentaux, soient accordées des mesures d’aménagement de peine aux prisonnier-e-s pouvant légalement en bénéficier et de libération de ceux ou celles qui sont gravement malades ». Il se trouve quʼil y a un cas très concret à Rennes, celui de Lorentxa Guimon, atteinte de la maladie de Krohn et pouvant bénéficier dʼune liberté conditionnelle depuis 2014.

Lʼoccasion de voir si lʼEtat français sʼengage pleinement dans un processus de paix ou sʼil préfère rejeter les conditions démocratiques nécessaires à ce dernier…

> Gael BRIAND

Gael BRIAND

Gael BRIAND est rédacteur en chef du mensuel Le Peuple breton depuis 2010. Il est l’auteur de « Bretagne-France, une relation coloniale » et a coordonné l’ouvrage « Réunifier la Bretagne ? Région contre métropoles ». [Lire ses articles]

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