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À tous les « dingues » de ce monde !

Jean-Luc Laurent
Jean-Luc Laurent

 

Jean-Luc Laurent, député et président du groupuscule que Chevènement avait crée, le MRC, traite de « dingues » les défenseurs des langues régionales. Du côté du MRC, lʼinsulte est facile. À tous les « dingues » qui défendent les langues régionales, nʼoublions pas le racisme ordinaire de ce groupuscule ultra-jacobin dont les accointances avec le FN sont de plus en plus évidentes, jusquʼà lʼutilisation de lʼinjure comme mode dʼexpression. Mais, cet obscur député que personne ne connait et qui est obligé dʼuser dʼartifices pour exister médiatiquement, ne doit pas faire oublier ce qui sʼest joué le jeudi 14 janvier dernier.

Ainsi, une assemblée quasi-déserte a rejeté la proposition de loi de Paul Molac, député régionaliste de Ploërmel. La droite comme la gauche étaient absents de lʼhémicycle, mais même les députés que lʼon peut estimer favorables, ne se sont pas mobilisés, à lʼexception notable de quelques élus écologistes. Cʼest donc une nouvelle fois un mépris de lʼAssemblée nationale pour ces questions doublé dʼune impuissance du pouvoir législatif à exister en dehors des oukases gouvernementales. Le Parlement, comme chambre dʼenregistrement des décisions du gouvernement Valls, semble ne plus se faire dʼillusion sur ses capacités à agir et à faire évoluer la société. Car cette proposition de loi était une avancée pour la langue bretonne et les autres langues de France. Elle était attendue par tous les militants des écoles associatives immersives (dont Diwan en Bretagne) pour graver dans le marbre institutionnel un état de fait, une réalité, une France des territoires vécus dont la force et la fragilité est de reposer sur un engagement sans faille de militants.

Elle a été rejetée par deux voix. Un seul votant de plus aurait pu changer le résultat du vote. Cʼest rien et beaucoup à la fois. Car le scénario se répète inlassablement. Il y a toujours une voix qui manque, une décision du Conseil dʼÉtat ou du Conseil constitutionnel qui fait barrage à la mise en œuvre de la promesse n°56 du candidat François Hollande.

Finalement, plutôt que de sʼépoumoner contre des petits caporaux de groupuscules jacobins comme le MRC, ne faut-il tout simplement pas regarder ce que font déjà tous les « dingues », améliorer et soutenir tous les « dingues » qui font la réalité de la diversité dʼune France plurilingue, celle de nos territoires. À lʼinstar de ce quʼa dit Saveriu Luciani, conseiller territorial corse en charge de la langue corse, construisons et faisons vivre la co-officialité de nos langues sur nos territoires. Nos voix sont nos droits. Le plus grand risque serait dʼobtenir des victoires législatives – qui viendront – sans que la vitalité de nos langues ne soit attestée. Nous avons besoin dʼun cadre législatif mais surtout dʼactions de proximité, dans nos communes, dans nos villages. Nous avons besoin de locuteurs, dʼécoles, de crèches, de signalisation bilingue, de lieux de vie, dʼœuvres littéraires, de pièces de théâtre, de films, de magazines… Alors, oui, nous les « dingues », nous allons continuer à demander la reconnaissance de nos langues et nos cultures mais nous allons aussi continuer à vivre nos langues et nos cultures, avec tous ceux qui voudront cheminer avec nous, en continuant à être ouvert à tous les « dingues » de ce monde.

> Pierre-Emmanuel MARAIS

Pierre-Emmanuel MARAIS
Pierre-Emmanuel Marais est élu de l'UDB à la mairie de Nantes. Il y exerce la fonction de délégué à la diversité linguistique, pédagogique et culturelle et aux actions autour des écoles. Il est également auteur de plusieurs livres en français et en breton. Parmi eux, le roman "Alje 1957" qui a reçu le prix Langleiz et le prix de l'avenir de la langue bretonne.
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