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Retour sur les élections régionales en Pays de la Loire

Denigot

La liste « Choisir nos régions et Réunifier la Bretagne » conduite par Gilles Denigot a fait campagne dans les 5 départements de l’administration régionale des Pays de la Loire, principalement sur le thème de la démocratie, outre celui de la réunification. Autant dire qu’elle a été servie en Loire-Atlantique !

Le premier sondage BVA pour les Pays de la Loire, publié dans la presse le 23 octobre, donnait 4 % à la liste conduite par Gilles Denigot, tandis que le second, publié le 29 novembre, lui donnait encore 2,5 %. Cela a, semble-t-il, affolé le consensus médiatico-politique local car cela conduisait à l’obtention de résultats proportionnellement bien plus élevés et donc inédits en Loire-Atlantique. Autant dire que de tels sondages n’arrangeaient pas les attentes des écologistes, qui pouvaient craindre un grignotage de leurs voix, et encore moins des socialistes inquiets en ce qui concerne le résultat final et la possibilité de conserver la présidence du conseil régional.

Suite à des réclamations faites à propos d’une interview réalisée de longue date et de la quasi-absence d’actualités (meeting, rencontres diverses…) dans la presse locale (Presse Océan, Ouest France) sur le déroulement de la campagne de la liste « Choisir nos régions et Réunifier la Bretagne », Gilles Denigot s’est vu répondre qu’il s’agissait « d’un choix de ligne éditoriale » ! Il faut comprendre par-là que le suivi et le débat des régionales était essentiellement réservé aux 5 principales têtes de liste : Christophe Clergeau pour « L’Union de la gauche et des écologistes », Sophie Bringuy pour « Europe Écologie Les Verts », Alain Pagano pour la liste « Parti communiste, Mouvement Républicain et Citoyen », Bruno Retailleau pour «L’Union de la droite et du Centre », Pascal Gannat pour le « Front National ».

De fait, Gilles Denigot n’a pas été invité au débat enregistré dans les studios de France 3 entre les 5 principales têtes de liste. En effet, Christine Vilvoisin, l’une des animatrices de FR3, a précisé que ce débat était réservé aux listes ayant réalisé « plus de 5% aux dernières élections ». Il est évident que cette liste dérangeait en région Pays de la Loire par les thèmes qu’elle abordait : le droit de choisir sa région, la réunification de la Bretagne, la faiblesse des budgets et du pouvoir des régions, le renouvellement du personnel politique et l’interdiction du cumul, la réduction du nombre des mandats. Autant dire que le débat aurait été bien plus vif et moins consensuel sur l’ensemble des questions traitées. De plus, le thème de la réforme territoriale et de la réunification de la Bretagne a été retiré du débat du fait de l’absence de consensus entre les journalistes de FR3. Pourtant la réunification de la Bretagne était dans le programme de la liste « Europe Écologie Les Verts » qui n’a cependant pas trouvé mieux que de proposer la fusion des régions administratives Bretagne et Pays de la Loire en y créant « un unique département breton » à partir des 5 départements historiques !

Ouest-France a réservé d’autres facéties à la liste « Choisir nos régions » : une belle photographie des panneaux officiels montrait les affiches de tous les candidats, excepté celle de la liste G. Denigot ! Par ailleurs, il avait été le premier à dénoncer un système inéquitable de financement qui permet le remboursement des frais engagés jusqu’à 514 161 € pour les listes atteignant 5 % des suffrages exprimés tandis que les autres n’ont rien. Pourtant le coût du matériel électoral pour le 1er tour (affiches officiels, circulaires et bulletins de vote) n’atteint qu’environ 50 000 €. Ce faisant, le journaliste d’Ouest-France n’a pas hésité à brouiller le message en indiquant que « deux cent donateurs ont apporté plus de 200 000 € » (OF du 03.12.2015). Un rectificatif a cependant été publié dans l’édition du lendemain après de vives protestations, précisant qu’à cette date, la liste « Choisir nos régions » avait bénéficié de 25 000 € apportés par trois cent donateurs. Prévoyant un financement insuffisant, le matériel électoral nécessaire n’avait pas été commandé. De ce fait, les électeurs des départements de Mayenne, Maine-et-Loire, Sarthe et de Vendée n’ont pu bénéficier de circulaires détaillant les propositions de la liste « Choisir nos régions et Réunifier la Bretagne » et leur permettant de déterminer leur vote sur la base des propositions faites.

Lors des prochaines élections, si la « ligne éditoriale » actuelle des médias reste identique, la liste « Parti communiste, Mouvement Républicain et Citoyen », qui a réalisé un score de 3,33 % se verra donc exclue des débats alors qu’une place encore plus grande sera faite au Front National. Le débat, l’éthique, la démocratie, on en est bien loin. Pascal Maillard (Médiapart, édition numérique, 15.01.2016) précise que « La démocratie prend sa forme élémentaire dans le débat, la délibération publique, l’assemblée de citoyens dont le modèle est l’ecclésia athénienne. Le débat est de tous temps l’enjeu éthique et politique de la démocratie ». Exclure la liste Gilles Denigot « Choisir nos régions et Réunifier la Bretagne », redoutable débatteur, de ce grand moment démocratique n’honore pas FR3 Pays de la Loire.

Dans le contexte dramatique des attentats de novembre à Paris, de l’état d’urgence et d’une campagne essentiellement nationale autour de la question omniprésente du score du front national, la liste « Choisir nos régions et Réunifier la Bretagne », obtiendra finalement 1,27 % en PDLL et 2,67 % en Loire-Atlantique, ce qui correspond malgré tout à 5,55 % des voix de gauche exprimées lors du 1er tour.

Ces événements ont manifestement perturbé le bon déroulement de la campagne électorale. Entre les prévisions du 1er sondage BVA du 23 octobre faite avant les attentats et les résultats obtenus au 1er tour, seules les listes d’Alain Pagano « Parti communiste, Mouvement Républicain et Citoyen » qui passe de 6 % à 3,33 % et de Gilles Denigot qui passe de 4 % à 1,27 % montrent des pertes importantes. Bruno Retailleau pour «L’Union de la droite et du Centre » baisse légèrement de 36 % à 33,49 %. Les autres listes progressent toutes, en particulier Cécile Bayle de Jessé « Debout la France » qui passe de 2 % à 4,09 % et Pascal Gannat « Front National » de 16 % à 21,35 %.

Sitôt élu, Bruneau Retailleau (les Républicains), nouveau Président de la région des Pays de la Loire, n’a pas manqué de rendre hommage à ses prédécesseurs, dont Jacques Auxiette pour leurs combats communs en faveur de « la mobilisation contre le dépeçage des Pays de la Loire » et pour avoir « fait progresser le fait régional » (O.F. du 19.12.2015). Dans les Nouvelles de Loire-Atlantique (n° 996 de septembre 2015), la fédération 44 du PCF n’est guère en reste et se félicite également : « les Pays de la Loire ont conservé l’intégralité de leur territoire. Les élus communistes ont pris une part active à ce résultat positif ». Il faut rappeler que Jean-Marc Ayrault était intervenu auprès du comité Balladur afin que la proposition d’inclure la Loire-Atlantique dans la région administrative Bretagne soit retirée. Ces courtoisies sont moyennement amusantes si l’on considère que le passage de la région à droite était très largement acquis d’avance, ne serait-ce que sur la base des résultats des élections départementales de mars 2015. En effet dans les Pays de la Loire, les résultats des départementales (1er et 2ème tour cumulés) pour les 5 départements donnent un total de 43,6 % aux listes de droite et du centre, 36,7 % aux listes de gauche et 20,33 % au Front National. À l’issue du 2ème tour des régionales 2015, l’on a respectivement 42,7 % pour la liste B. Retailleau (les Républicains), 37,56 % pour la liste C. Clergeau (PS – Union de la gauche) et 19,74 % pour le Front National, alors que la participation des électeurs est passée de 49,6 % (environ) aux départementales à 57,25 % aux régionales. À noter qu’il y a très peu d’écart de pourcentage entre les résultats obtenus à ces deux types d’élection pour chacun de ces « partis ». Le Front National s’installe durablement dans le paysage électoral, tandis que les écologistes (EELV) ne doivent leur salut qu’en s’alliant au parti socialiste au 2ème tour malgré leur forte opposition sur le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes/Vigneux de Bretagne.

Au moins les partis « traditionnels » de gauche et de droite trouvent un consensus sur une question importante de la réforme territoriale en affichant clairement leur complicité, quitte à changer de slogan électoral selon que l’on se trouve en Bretagne administrative (réunification de la Bretagne) ou en Pays de la Loire (non au dépeçage des Pays de la Loire), l’essentiel est sans doute de se faire élire. Or, les choix essentiels pour l’avenir de leur population concernent la relance de l’économie et la réduction du chômage, l’avenir de la jeunesse d’aujourd’hui et de demain. En effet, dans une région à faible budget et sans pouvoir, comparée à certaines régions européennes, il ne peut être conduit de politique efficace à l’image ce qui se fait dans les landër allemands ou États fédérés, tant cités en exemple en France, mais non suivi d’effet.

> Martial Catherine

Martial Catherine
Martial Catherine a été responsable du réseau national de surveillance microbiologique pendant une dizaine d'année au Centre de Nantes Atlantique de l'Ifremer, expert auprès de la Commission européenne (DG Santé des consommateurs) et a terminé sa carrière à la tête du laboratoire national de référence pour le contrôle de la contamination bactérienne et virale des coquillages. Il s'intéresse à l'économie maritime, aux questions agricoles et de société, aux relations internationales et à tous les aspects de la vie culturelle.