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Oui à lʼaccueil des réfugiés à Fouesnant

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Le mardi 5 janvier, sur décision du Préfet du Finistère, 27 migrants partis la veille de la « jungle de Calais » sont arrivés à Fouesnant afin dʼy être logés a priori pour 3 mois. La préfecture a pour cela réquisitionné un centre de vacances de la commune du sud-Finistère. Ces migrants sont des Kurdes Irakiens.

Le jour même, quelques militants identitaires bretons dʼADSAV manifestaient devant la mairie pour protester « contre l’arrivée à Fouesnant de dizaines d’immigrés clandestins afro-musulmans » (sic). Pour ne pas leur faire une publicité inutile, la presse locale en a très peu parlé. Ce qui nʼa pas été le cas le jeudi, quand a débarqué à Fouesnant une délégation du FN conduite par certains de ses conseillers régionaux pour protester eux aussi contre lʼarrivée des migrants. Eux ont eu le droit à des articles dans la presse et à un passage avec interview sur France 3. Cʼest ce qui a amené la réaction par communiqué de la Fédération UDB Finistère/Penn ar Bed :

« Cette semaine, 27 migrants dont 3 familles ont été accueillis à Fouesnant. Jeudi, le FN, conduit par Gilles Pennelle, président du groupe FN au Conseil régional de Bretagne, qui avait fait le déplacement depuis Fougères, est venu manifester contre leur arrivée. Ce même Gilles Pennelle qui avait pendant la campagne électorale demandé à la population de dénoncer les maires et les municipalités qui accueillent des réfugiés. Ce comportement est affligeant. Où est la solidarité avec les victimes de la guerre au Proche-Orient ? Il faut quand même rappeler que les migrants de Fouesnant appartiennent au peuple kurde qui est déchiré principalement entre la Turquie, lʼIran, lʼIrak et la Syrie. Les kurdes sont parmi les 1ères victimes de Daesh, et quand ils passent par exemple en Turquie, ils sont victimes du régime dʼErdogan ! LʼUnion Démocratique Bretonne sʼélève vivement contre lʼaction du FN qui voudrait peut-être quʼon remette les migrants dans un bateau en face de la point du Raz ? »

Ce qui nous amène à parler de lʼorigine de ces migrants. Comme on vient de le dire, ce sont des Kurdes Irakiens. Cet article nʼa pas la prétention de reprendre toute lʼhistoire du peuple kurde. Simplement rappeler quʼen plus des États cités plus haut, on trouve la présence des kurdes au moins en Afghanistan, en Arménie, en Azerbaïdjan, en Géorgie et au Turkménistan. Dans plusieurs de ces États, ils ont été persécutés, pourchassés, ou déplacés (comme 150 000 dʼentre eux en Azerbaïdjan depuis 1988).

Quʼen est -il actuellement ? Ce sont à la fois les Kurdes dʼIrak et de Syrie qui sont victimes de la situation de guerre. En octobre 2014, l’État islamique a attaqué la ville kurde de Kobané, en Syrie. Au prix dʼintenses combats, les Kurdes ont repris la ville en janvier 2015.

Mais le 25 juin 2015, les jihadistes du groupe État islamique sont à nouveau entrés dans Kobané, dʼoù ils avaient été chassés, et y ont perpétré lʼun de leurs pires massacres. En 24 heures, plus de 230 civils, hommes, femmes et enfants, ont été délibérément visés et assassinés. Pour tromper leurs victimes, les jihadistes avaient revêtu des uniformes semblables à ceux des YPG, les combattants kurdes de Syrie.

Quant à la Turquie, depuis le début des affrontements, elle accueille de très nombreux réfugiés. Cet afflux de réfugiés n’a guère, au moins au début, causé de problèmes. Mais depuis lʼoffensive des jihadistes de l’État Islamique sur l’Irak et sur le Kurdistan syrien, ce sont des Kurdes qui arrivent en Turquie. Ceux-ci sont souvent des proches – parfois même des cousins – des Kurdes de Turquie, et cela pose un problème de conscience aux dirigeants turcs.

En octobre 2015, et cʼest une première depuis le début de la guerre en Syrie, la Turquie a reconnu avoir effectué des bombardements non pas contre les positions de lʼorganisation État islamique, mais contre celles des combattants kurdes de Syrie. La Turquie veut éviter à tout prix dʼassister à la formation dʼun État kurde autonome dans le nord de la Syrie. Depuis août dernier, 52 couvre-feux ont été décrétés par l’État turc dans plusieurs localités kurdes. Sous prétexte de lutter contre le terrorisme, les forces de sécurité turques ont tué des centaines de civils durant ces périodes de couvre-feu.

Cette analyse de la situation conduit à penser quʼil est logique que lʼon retrouve dans toute lʼEurope des Kurdes qui nʼont plus où aller. Alors quand des sites dʼextrême-droite disent que les accueillir, cʼest accueillir des terroristes potentiels, cela semble totalement absurde quand on connaît leur vécu.

On peut aussi remonter quelques années en arrière. Le génocide kurde (ou « Anfal ») ordonné par le régime irakien de Saddam Hussein a lieu de février à septembre 1988, conduisant à lʼélimination de plus de 180 000 civils. Lʼépisode le plus tragique de ce génocide est le bombardement aux gaz chimiques de la ville kurde dʼ Halabja le 16 mars.

De même, en 1991, pendant la guerre du Golfe, une partie de la population irakienne, dont les Kurdes, se révoltent contre Saddam Hussein, pensant que la coalition allait venir à bout du dictateur. Contre toute attente, les USA, sous la pression de leurs alliés musulmans, arrêtent la guerre avant dʼavoir détruit lʼarmée irakienne et destitué le dictateur (ce qui conduira à la 2ème guerre du Golfe), interdisant à lʼIrak dʼutiliser ses avions après le cessez-le feu mais tolèrant lʼusage par lʼIrak de ses hélicoptères pour vaincre lʼinsurrection ! En mars 1991, les États-Unis laissent accomplir le bombardement des insurgés, selon diverses sources, au napalm, phosphore et acide sulfurique.

Il est bon de rappeler qui était alors, en France, le principal ami et soutien de Saddam Hussein : cʼétait le Front national… En 1990, lorsque lʼIrak avait envahi le Koweit, Jean-Marie Le Pen sʼétait même rendu à Bagdad pour l’assurer de son soutien.

> Christian Pierre

Christian Pierre
Né en 1949, Christian PIERRE est membre de l'UDB depuis 1977 et du bureau de sa fédération depuis 1979. Très engagé pour la Bretagne, il est très investi aussi dans les Droits de l'Homme, comme à l'ACAT (ONG chrétienne de lutte pour l'abolition de la torture et contre la peine de mort) dont il est coordonnateur régional. Il milite enfin pour les droits du peuple palestinien.
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