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Hervé Morin : « être fier d’être Normand comme on est fier d’être Breton »

Hervé Morin

Lors de la séance d’installation du Conseil régional de la Normandie réunifiée, à Rouen, le nouveau Président Hervé Morin a fait part de son projet pour la « Normandie conquérante » qu’il entendait incarner durant la campagne. Un discours qui a fait parler de lui…

On savait l’ancien Ministre de la Défense attaché à sa Normandie natale, mais pas au point de lui faire une déclaration d’amour ! Partisan de la réunification normande depuis longtemps, Hervé Morin avoue qu’il « n’y croyais plus, désespéré par des oppositions de tout bord à cette évidence ». Et « finalement, dans cette réforme territoriale baroque, confuse et inachevée, il y aura eu pour nous, Normands, une bonne nouvelle celle de la réunification d’une région qui n’aurait jamais dû être divisée ». Un discours que nous, Bretons, aurions aimé entendre de la bouche de l’actuel Ministre de la Défense et Président du Conseil régional de Bretagne, Jean-Yves Le Drian. Hélas, la Bretagne, elle, reste divisée.

Les Normands, eux, ont conscience de vivre un « moment historique ». « Chacune et chacun d’entre nous ici dans cet hémicycle, qu’importe notre appartenance partisane, qu’importe notre idéologie, participe à l’écriture d’une nouvelle page de l’Histoire de la Normandie. » a assené le nouveau président normand. Avant d’ajouter : « la réunification normande est une chance formidable pour notre région. Elle corrige soixante ans d’une anomalie administrative qui faisait insulte au bon sens et à l’Histoire. »

Une partition qui, selon Hervé Morin a surtout eu des conséquences néfastes pour la Normandie : « Je demeure convaincu que si nos principaux indicateurs sont mauvais ou médiocres, (…) c’est aussi parce que notre séparation nous a conduit à un sous-investissement chronique, ne nous a pas permis de pouvoir peser suffisamment dans les grands choix stratégiques nationaux et dans la compétition exacerbée qui existe entre les territoires ». Puis, « nous avons payé cher cette division car elle nous a empêchés de construire une identité facteur de fierté et de rayonnement ». Un constat identique en ce qui concerne la Bretagne bien que les militants bretons pro-réunification, bien plus actifs que leurs homologues normands, n’ont pas eu la chance d’être entendus par le gouvernement.

Comme on sait qu’une réunification pose inévitablement la question des « capitales », Hervé Morin a également décidé que « l’État ayant installé la Préfecture de région à Rouen, le siège du Conseil régional sera à Caen ». Comme quoi, rien d’insurmontable ! Les Normands ont eu l’intelligence de partager les rôles de leurs grandes villes afin d’éviter une concentration du pouvoir en un seul lieu.

Enfonçant le clou, Hervé Morin a conclu son discours « en évoquant une nouvelle fois l’atout considérable que représente la réunification de la Normandie pour la renaissance de l’identité normande, facteur de développement de notre région ». « Nous appuyer sur notre culture, notre patrimoine, notre histoire, sur nos atouts d’aujourd’hui et de demain, pour être fier d’être Normand » a-t-il déclaré. Avant d’ajouter : « Être fier d’être Normand comme on est fier d’être Breton » ! Hoù, l’affreux identitaire que voilà…

Un discours autonomiste ? Pas vraiment ! On sent en effet au travers de la « marque Normandie » qu’Hervé Morin souhaite bâtir une volonté d’utiliser l’identité à des fins mercantiles. À l’instar de la « marque Bretagne » créé par le Conseil régional d’ailleurs… Mais qu’importe ! Dès lors que, par conviction ou opportunisme, on valorise les identités infra-étatiques, ne participe-t-on pas à la destruction, à coups de burin, du jacobinisme hexagonal ? Reste que le nouveau président normand, pour convaincre, devra cesser sa politique de la chaise vide : avec 75 % d’absentéïsme entre 2004 et 2010, on est en droit de s’interroger sur son réel amour de la Normandie !

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