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Bruno Retailleau, la droite dure

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Le pouvoir de se démultiplier nʼexiste pas encore, pourtant Bruno Retailleau, après avoir été sénateur et président du conseil départemental de Vendée, entend bien rester parlementaire tout en étant candidat à la présidence de la Région Pays-de-la-Loire. On aurait presque lʼimpression que Bruno Retailleau cumule les mandats et quʼil sʼen satisfait. Cʼest faux, le sénateur-président de département-candidat est contre le cumul… sauf pour les sénateurs. Nuance !

Par contre, son opposition au mariage des personnes de même sexe est, elle, à 100 %. Ce fut dʼailleurs lʼun de ses combats au Sénat où il a défendu sa « conception de la famille et la nécessité pour un enfant dʼêtre élevé par un père et un mère ». Ce fût ? Cʼest ! Car Bruno Retailleau entend bien voir ce droit remis en question si la droite remporte les présidentielles de 2017. Il ne reste plus quʼà espérer quʼun fond spécifique soit créé pour rembourser toutes les fêtes de mariage depuis lʼadoption de la loi…

Cʼest dʼailleurs lors de ce combat que, pris par lʼambiance de hémicycle, il lâche une mauvaise blague en disant à la sénatrice Esther Benbassa « nous nʼavons pas la même couleur politique. Dʼautres couleurs non plus dʼailleurs ». Tollé général, le sénateur vendéen se défend : il parlait de la couleur politique de lʼélue EELV, par ailleurs aux cheveux rouges et costume jaune. Des couleurs quelque peu psychédéliques qui lui ont probablement inspiré cette phrase « les écolos qui nʼont jamais rien fait pousser de leur vie sauf du cannabis sur leurs balcons ». Peut-être a t-il gardé une dent contre les verts quant à la question de Notre-Dame-des-Landes que Bruno Retailleau compare à Mossoul ou Damas tant la ZAD serait « un territoire perdu de la République ». Les nantais nʼont pas encore vu arriver les réfugiés de Notre-Dame fuyant les persécutions, mais gageons quʼils sauront les accueillir.

En parlant de migrants, Bruno Retailleau, bien que catholique, ne semble pas respecter la tradition dʼaccueil de cette religion. En septembre dernier, il refuse en effet de voter une subvention du conseil régional des Pays-de-la-Loire destinée à aider les collectivités accueillant des réfugiés et permettant de favoriser lʼapprentissage de la langue française par les nouveaux arrivants. Cela créerait, selon lui, « un appel dʼair incontrôlable » que lʼon a, en effet du mal à contrôler puisque quʼil nʼexiste pas. Il déclare également sur Lʼopinion que lʼon doit « avoir le courage de les renvoyer dans leur pays dʼorigine ». Nous qui pensions quʼavoir du courage cʼest de traverser la mer à cinquante dans une coque de noix et sans gilet de sauvetage. Quels « bien-pensants » nous sommes !

Peut-être nʼest-ce quʼun acte suicidaire après tout et on comprend alors la position de Bruno Retailleau qui est particulièrement opposé à lʼeuthanasie et donc au droit de mourir dans la dignité. « Ça me choque, dit-il à ce sujet, toujours à Lʼopinion. La seule boussole de la République pour les socialistes cʼest : toujours plus de droits ». Quelle horreur !

Nʼexagérons rien, Bruno Retailleau revendique tout de même certains droits, comme celui de mettre une crèche de Noël dans le hall du conseil départemental de Vendée. Lʼaffaire fait du raffut mais, finalement, la loi donne raison à lʼancien président de département.

Tout cela est du passé, parlons de lʼavenir : quelles sont les propositions du candidat ? Un détour sur le site permet dʼapprendre que… le programme nʼest pas en ligne. Il reste moins dʼun mois, serions-nous trop pressés ? En revanche, on trouve quelques visuels sympathiques de la collection « onze ans de socialisme ça suffit ». Ainsi pêle-mêle on peut lire quelques punchlines intéressantes comme « la gauche excelle dans les discours et les échanges fumeux, coûteux et stériles ». Ou encore « la gauche a embauché à tour de bras [dans les collectivités] », « a baissé les bras sur lʼapprentissage », « a été incapable (…) », « matraque les automobilistes ». En fin de la page, on aurait presque lʼimpression que « la gauche » est partie en vacances depuis quʼelle a pris la Région en 2004.

Ce qui est sûr cʼest que « la gauche » nʼa pas suivi son idée de créer une méga région Bretagne-Pays-de-la-Loire-Poitou-Charente. Notons – hasard de la géographie bien-entendu – que le cœur de cette région aurait été la Vendée ! À défaut dʼavoir une cohérence, elle aurait eu un centre. Ce quʼon peut dire, en revanche, cʼest que « la gauche » nʼa pas procédé à un redécoupage des régions de lʼouest de la France. Il se pourrait que certains socialistes, le soir des résultats, en viennent à regretter de ne pas avoir intégré la Loire-Atlantique à la Région Bretagne conduisant ce département à rester dans une région à droite, avec quatre départements sur cinq à droite, et quelle droite !

> Arno MAHE

Arno MAHE
Né en 1986 à Nantes, Arno MAHÉ écrit régulièrement pour le peuple Breton papier et en ligne.