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Incendie de la centrale de Brennilis : le rapport de lʼASN

brennilis

LʼAgence de Sureté Nucléaire (ASN) vient de publier un rapport, suite à lʼincendie survenu dans la centrale de Brennilis le 25 septembre dernier (voir ici). Ce rapport est un modèle de langue de bois à décrypter où lʼanalyse se résume à dire que cʼest la faute du non respect des innombrables procédures.

La terminologie employée est celle du vocabulaire militaire : « poste de commandement principal, poste de commandement avancé », « phase de repli »… Lʼincendie sʼest produit là où les techniciens découpaient les échangeurs. La découpe terminée, ils finissaient de conditionner les derniers morceaux. Mais ce rapport ne dit rien sur la remise en route de la ventilation ou sur la prescription dʼanalyse des particules radioactives trouvées dans les filtres alors que cʼest la principale préoccupation. Quelles particules radioactives ont été mises en suspension ou entrainées dans les eaux dʼextinction suite à lʼincendie ? Pas un mot sur des analyses de contamination plus poussées éventuelles.

Il est mentionné en page 8 lʼemploi de 100 litres dʼeau pour éteindre un incendie dʼune heure. 100 litres correspondant à 10 seaux, on est en droit de se demander si lʼinformation est fiable tant la quantité est ridiculement basse ! En théorie, suite à cet incendie, les dispositions devraient être revues pour « maîtriser les risques liés aux travaux par point chaud sur tous les chantiers de démantèlement ». Cela restera-t-il un voeu pieux ?

Les causes de lʼincendie sont imputées à lʼusage de « lingettes ». Cette histoire prêterait à sourire si elle nʼavait déclenché un incendie qui a pu contaminé travailleurs et pompiers. En effet, pour ne pas faire de déchets radioactifs liquides, les démineurs ont employé des lingettes imbibées de solvant hautement inflammable (car issu du pétrole) en trop grande quantité (3 litres au lieu dʼ1) pour essuyer les pièces contaminées. Ces lingettes étaient ensuite étalées pour les faire sécher. Le tout a pris feu avec les étincelles dʼune meuleuse qui sont théoriquement interdite ! On peut imaginer les difficultés si le chantier abordait la cuve avec des risques dʼincendie bien plus forts, et des risques mortels dʼirradiation.

À noter que le décret dʼautorisation partiel prend fin en juillet 2016 et que le chantier de la STE (station de traitement des effluents) nʼest toujours pas fait. Les responsables du chantier de déconstruction (sous lʼautorité dʼEDF) avaient lʼautorisation de ce chantier depuis le premier décret de 1996, mais ils nʼavancent pas en raison dʼun niveau radioactif trop élevé. Cʼest pourquoi, à travers leurs recours, les associations tenaient à ce quʼils finissent ce chantier extérieur au bâtiment réacteur avant dʼaller « triffouiller celui des échangeurs ».

Décidément, parler des difficultés des « démanteleurs » et de pratiques dangereuses nʼest pas une formule vaine.

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> Naig Le Gars

Naig Le Gars
Naig le Gars vit à Quimper. Auteure de plusieurs ouvrages dont le dernier "Du cauchemar à l'espoir", elle a également été conseillère régionale entre 2004 et 2015.
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