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Des « Hibakusha » à Quimper

hiroshima

En cette année de 70ème anniversaire dʼHiroshima et de Nagaski, une délégation de pacifistes et de syndicalistes japonais en tournée en Europe était jeudi derier (8 octobre) en Bretagne, à lʼinitiative du Mouvement de la Paix. Au programme, un rassemblement devant la base de sous-marins nucléaires au Fret à Crozon le matin et une rencontre avec la population de Quimper et la presse lʼaprès-midi. Le soir, deux rencontres échanges étaient prévus à Rennes.

En début de conférence à Quimper, une des intervenantes a parlé de la venue, en mai 2015 à lʼONU, dʼune délégation dʼune centaine de Japonais représentant les 6 millions de leurs compatriotes qui ont signé une pétition demandant lʼarrêt de la prolifération des armes nucléaires. 40 français étaient là-bas aussi. Le but de leur venue à lʼONU était la Conférence sur la non-prolifération de ces mêmes armes. Mais le traité nʼa pu être voté à cause du blocage de 5 États possesseurs dʼarmes nucléaires, dont la France !

Il y eu ensuite deux témoignages très forts dont on parlera plus loin, puis une intervenante a rappelé que lʼarticle 9 de la constitution japonaise interdit les armes et la guerre. Cet article dit que : « aspirant sincèrement à une paix internationale basée sur la justice et l’ordre, le peuple Japonais renonce pour toujours à la guerre en tant que droit souverain de la nation et à la menace de l’usage de la force comme une méthode de résolution des conflits internationaux. Afin d’accomplir le but recherché par le précédent paragraphe, les armées de terre, mer et air, ainsi que les autres potentiels militaires, ne seront jamais entretenus. Le droit de belligérence de l’État ne sera pas reconnu. » Le Parti libéral veut supprimer cet article, mais la population japonaise, pourtant peu habituée à manifester, commence à se rebeller.

Une militante de Kobé a ensuite expliqué que, depuis 1975, les navires américains transportant des armes sont interdits dans le port, et quʼun contrôle citoyen a été mis en place pour le vérifier. Et un intervenant a montré des photos difficilement soutenables de victimes dʼ Hiroshima, photos prises par les Américains.

Mais parlons de la partie la plus empreinte dʼémotion de lʼaprès-midi. Il y avait là un homme et une femme, deux « Hibakusha ». Ce nom désignent les survivants dʼHiroshima et de Nagasaki. A Quimper, cʼétaient deux Hibakusha dʼHiroshima.

Lui, cʼest M. Masashi Ieshima, secrétaire de lʼassociation de survivants de la bombe atomique. Depuis quʼil est en retraite, il a décidé de témoigner. Le 6 août 1945, il avait 3 ans et 2 mois. Ses souvenirs sont forcément flous, mais il se souvient dʼavoir vu la forêt brûler sur la montagne derrière chez lui. Il habitait à 1,8 km de lʼépicentre. Son père venait de rentrer du travail, sinon il aurait été tué sur le champ. Sa mère a été blessée par de nombreux morceaux de verre suite à lʼexplosion dʼune fenêtre. Mais si son père a survécu ce jour là, 10 ans plus tard on lui a enlevé lʼestomac (cancer) et 24 ans plus tard, il est mort dʼun cancer des os. Et une jeune femme logée chez eux a eu ensuite un enfant mentalement déficient et est décédée ensuite dʼun cancer de la thyroïde.

Elle, cʼest Mme Kuniko Kimura, secrétaire générale adjointe de la même association, et qui a aussi décidé de témoigner pendant sa retraite. Cʼest avec beaucoup dʼémotion quʼelle a raconté ce quʼelle a vécu. Elle avait 5 ans et 4 mois ce même 6 août. Elle nʼaurait pas dû être chez elle ce jour là, la chance fit quʼelle y était, ce qui lui sauva la vie, bien que sa maison fût à 1,7 km de lʼépicentre. Son émotion était encore plus forte quand elle a raconté quʼen partant vers un abri, elle et sa mère ont croisé une collégienne dʼenviron 15 ans, presque nue, la peau noire de brûlures, qui leur a demandé de lʼeau. Sa mère, à qui on avait appris quʼon ne donne pas dʼeau à un grand brûlé, a refusé. Elles ont continué, puis prises de remords, sont revenues : la jeune fille était morte. Sa mère, les larmes aux yeux, a dit : « Si jʼavais su quʼelle allait mourir, je lui aurait quand même donné de lʼeau. »

La mère et le frère de Mme Kimura sont mort ensuite dʼostéoporose sévère. Elle aussi en souffre, mais elle dit que tant quʼelle le pourra, elle témoignera.

En cette année 2015, les témoignages ne manquent pas à la télévision, les livres sur le sujet non plus, mais quand vous avez devant vous deux personnes dont vous savez quʼelles ont elles-même vécu le drame dʼ Hiroshima, vous ne réagissez pas de la même façon, lʼémotion comme on dit « vous prend aux tripes » et vous vous dites « Plus jamais ça » !

> Christian Pierre

Christian Pierre
Né en 1949, Christian PIERRE est membre de l'UDB depuis 1977 et du bureau de sa fédération depuis 1979. Très engagé pour la Bretagne, il est très investi aussi dans les Droits de l'Homme, comme à l'ACAT (ONG chrétienne de lutte pour l'abolition de la torture et contre la peine de mort) dont il est coordonnateur régional. Il milite enfin pour les droits du peuple palestinien.
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