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Hiroshima, Nagasaki : un peu dʼHistoire

hiroshima
Hiroshima, après explosion.

Il y a juste 70 ans, le 6 août 1945, à 8h 16, une bombe atomique explose au dessus dʼHiroshima. Le 9 août, cʼest au tour de Nagasaki. Pourquoi la folie humaine est-elle allée jusque là ?

Depuis le 8 mai 1945, la guerre avec lʼAllemagne nazie est terminée, les américains ont reporté leur effort de guerre sur le Japon, mais ce pays résiste. Pourtant, il est à bout, le peuple meurt de faim, la marine impériale est détruite. La propagande officielle jusquʼau boutiste cache que tout est perdu, et pourtant le peuple, lui, est prêt à accepter la capitulation à condition quʼon ne touche pas à son empereur. De leur côté, les militaires américains au courant de la situation nʼen prétendent pas moins quʼil faudrait des mois pour vaincre le Japon, entraînant la mort dʼau moins un million de soldats US. Leur solution est simple : utiliser la bombe atomique !

Remontons quelques années plus tôt : Einstein, qui plus tard devient un adversaire de la bombe, écrit en août 1939 à Roosevelt pour lʼalerter sur la possible utilisation du nucléaire par Hitler. Il faut dire quʼen entrant à Prague le 15 mars 1939, les forces allemandes avaient fait main basse sur les gisements dʼuranium tchécoslovaques. La bataille entre les Etats-Unis et le 3ème Reich commençait alors pour être les premiers à fabriquer la bombe. Les alliés arrivèrent à retarder suffisamment les allemands suite à la fameuse « bataille de lʼeau lourde ». Sachant que lʼuranium naturel contient plus de 99 % dʼU238, moins de 1 % dʼU235, et que pour faire une bombe il faut de lʼU235 enrichi à plus de 95 %, lʼeau lourde peut intervenir dans cet enrichissement. LʼU238 résiduel sert quant à lui à fabriquer le plutonium (Pu239) quasi-inexistant dans la nature (sauf dans les chemins près de Brennilis, mais là cʼest une autre histoire…). Côté américain, lʼeffort de guerre pour le nucléaire représenta 4 milliards de dollards et 400000 personnes. Si les allemands ne purent jamais fabriquer la bombe, les Etats-Unis nʼavaient à leur entrée en Allemagne pas encore assez dʼU235 pour faire une bombe. Ils purent, mais réussirent à le cacher, confisquer probablement 8 tonnes dʼuranium métallique à lʼAllemagne pendant la dernière année de guerre et sans doute 1100 tonnes de minerai dʼuranium. Ce qui fait quʼà lʼété 1945, les Etats-Unis avaient de quoi fabriquer, comme on le verra, au moins 3 bombes atomiques.

Revenons au Japon. Il serait trop long ici de faire le point sur toutes les tractations entre Etats-Unis, URSS et Japon lʼété 1945, mais les Américains décidèrent dʼemployer la bombe atomique. Parmi les différentes cibles, il y avait Hiroshima que les Etats-Unis nʼavaient pas encore bombardé. Et pour cause, les militaires se disaient quʼen envoyant une bombe atomique sur une ville déjà détruite ne permettrait pas de voir les dégâts dus au nucléaire. Le cynisme nʼa pas de bornes. Les habitants se doutaient que quelque chose allait se passer et quelques jours avant la bombe, ils avaient évacué 23000 enfants vers la campagne ! Aux Etats-Unis, 70 scientifiques écrivirent au président Truman, qui avait succédé à Roosevelt, une lettre pour le conjurer de ne pas envoyer la bombe, mais un haut militaire la mit dans un tiroir et le président ne la vit jamais. De même, les scientifiques avaient demandé que des japonais assistent à lʼexplosion de la bombe dʼessai dans le désert, pour témoigner ensuite auprès de leur gouvernement. Cela fut refusé.

Le 6 août, à 2h45, lʼEnola Gay (du nom de la mère du pilote Paul Tibbets) décollait de lʼîle de Tinian dans le Pacifique avec à son bord la bombe de 4 tonnes portant le doux nom de « Little Boy » (petit garçon). A 8h16, la bombe explosait au dessus dʼHiroshima, et même si on ne saura jamais le nombre exact de victimes, sans doute 80000 personnes moururent dans lʼinstant. Avec tous ceux qui moururent dans les minutes, les jours, les mois suivants, on estime à 140000 le nombre de morts au bout dʼun an. Les 3 B29, celui qui portait la bombe et les 2 avions dʼobservation revinrent sans encombre à Tinian où dit-on, la bière coula à flots le soir même.

Les jours suivants, les enfants évacués commencèrent à revenir à Hiroshima que lʼon appela alors « la ville des orphelins » car leurs familles avaient pour la plupart été anéanties. Beaucoup moururent de faim puisquʼil nʼy avait plus rien à manger. Les blessés, les grands brûlés, mourraient aussi car les services médicaux étaient inexistants.

La guerre finie, les Etats-Unis mirent sur pied lʼABCC (Atomic Bomb Casualty Commission atomique), commission qui arriva fin 1946 sur le sol japonais. On aurait pu penser que cette commission allait sʼoccuper de soigner les blessés survivants des attaques nucléaires, pas du tout. Les experts étaient là uniquement pour étudier les effets des rayonnements sur la population japonaise, les convocant quand ils voulaient, leur faisant perdre une journée de travail, nʼhésitant pas, raconte une survivante de 14 ans à lʼépoque, à la forcer à se mettre nue devant quelques dizaines dʼexperts. Pour les faire patienter, les Américains avaient mis des revues dans la salle dʼattente. Des revues… en anglais !

On a beaucoup parlé dʼHiroshima, parlons maintenant de Nagasaki. Mettons-nous à la place des Etats-Unis et admettons que le lancement de la 1ère bombe était nécessaire pour un certain « effet pédagogique ». Le 6 août, la démonstration de force était faite. Mais alors pourquoi la deuxième bombe trois jours plus tard ? Les Japonais nʼavaient pas compris avec la première ?

Pour comprendre, il est nécessaire de faire un peu appel à la physique. Une bombe atomique nʼexplose que si elle contient une « masse critique » dʼuranium ou de plutonium, masse en dessous de laquelle ça ne fonctionne pas. Cette masse dans le cas de lʼuranium dépend du taux dʼenrichissement en U235, et les évaluations actuelles font état de 15 à 20 kg nécessaires, à condition de travailler dans des conditions très précises. En particulier il faut une enceinte entourée dʼun « déflecteur » qui renvoie les neutrons nécessaires vers lʼU235 pour entretenir lʼexplosion, et dʼautres conditions draconiennes et complexes. En 1945, ces conditions nʼétaient pas toutes réunies, et « Little Boy » emportait donc 64 kg dʼU235, en deux demi-charges de masses « sous-critiques » violemment projetée à lʼinstant T lʼune contre lʼautre pour déclencher lʼexplosion. Il est probable quʼen août 1945 les américains nʼavaient pas assez dʼU235 enrichi pour une deuxième bombe.

Mais ils avaient fabriqué du plutonium (à partir de lʼU238), dont il faut une quantité moindre pour faire une bombe. Du coup, ils en avaient même eu assez pour faire une bombe dʼessai, testée le 16 juillet 1945 à Alamogordo, dans le désert du Nouveau-Mexique.

Dans ce type de bombe, le système est différent, le plutonium est placé au centre dʼune grosse sphère formée de détonateurs, 32 dans le cas de Nagasaki. Du coup, cela donne une forme sphérique à la bombe elle-même dʼoù le nom de « Fat Man » (gros homme) donnée à la bombe du 9 août. Et on en revient à la question du début, pourquoi une 2ème bombe le 9 août, bombe au plutonium déjà testée ? Tout simplement parce que les généraux américains avaient pris la main en face des politiques et des scientifiques, quʼun essai en plein désert ne leur suffisait pas, et quʼils voulaient voir si une bombe au plutonium lâchée sur une « vraie » ville ferait autant de dégâts quʼune bombe à uranium.

Et puis surtout, ils voulaient montrer aux soviétiques quʼils étaient capables de faire exploser les 2 types de bombes ! Tout cela en attendant de fabriquer quelques années plus tard des bombes à hydrogène, dʼune puissance équivalente à 100 mégatonnes de TNT (100 MT), auprès desquelles les bombes de 1945 de 15 à 20 kT feraient figure de « bombinettes ».

Cʼest pour tout cela que dimanche 9 août, comme tous les ans à la même époque, le Mouvement pour la Paix, relayé par de nombreuses organisations pacifistes, organise dans la presqu’île de Crozon une randonnée au sommet du Menez-Hom (face à la base militaire de l’Ile Longue où sont basés les sous-marins et missiles nucléaires). Le départ aura lieu à Sainte-Marie du Menez-Hom en Plomodiern à 10h30, pour arriver au sommet vers 12h30.

> Christian Pierre

Christian Pierre
Né en 1949, Christian PIERRE est membre de l'UDB depuis 1977 et du bureau de sa fédération depuis 1979. Très engagé pour la Bretagne, il est très investi aussi dans les Droits de l'Homme, comme à l'ACAT (ONG chrétienne de lutte pour l'abolition de la torture et contre la peine de mort) dont il est coordonnateur régional. Il milite enfin pour les droits du peuple palestinien.
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