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Romain Pasquier: « la nouveauté, cʼest lʼaccord Troadec-UDB »

romain pasquier

Désireux de connaître la position du politologue breton Romain Pasquier sur la question des régionales, Le Peuple breton est allé à sa rencontre…

Le Peuple breton : Quelle est votre analyse des régionales à lʼheure actuelle ?

Romain Pasquier : La campagne nʼa pas encore commencé mais il y a une grande incertitude, cʼest la candidature virtuelle de Jean-Yves Le Drian. Tant quʼon ne saura pas sʼil est véritablement candidat, il restera une inconnue importante pour plusieurs raisons. Pour le camp socialiste, il apparaît tout de même comme le sauveur potentiel, le grand timonier. Sans lui, cela sʼannonce très difficile, avec lui plus facile. Pour toutes les autres listes, cʼest important. Cʼest dʼabord le candidat qui peut empêcher Marc Le Fur d’accéder à la présidence de la région. Pour les régionalistes, Le Drian est un peu embêtant aussi parce quʼil a quand même une connotation un peu forte sur le plan régional, dʼune certaine manière, il a sauvé une partie du territoire breton de la fusion dans un Grand Ouest. Aux yeux de lʼopinion publique, il a ce côté grand leader, tout à la fois duc de Bretagne et ministre de la Défense respecté, et donc en capacité de protéger la Bretagne. Cʼest important dans lʼimaginaire de notre monarchie républicaine.

Du coté de la droite, on voit quʼil y a une locomotive, Marc le Fur. À côté de lui, de jeunes élus, UMP ou UDI, qui ont ici ou là entrepris une reconquête des territoires en Bretagne, mais sans pour autant que l’on puisse percevoir une mobilisation véritablement décisive qui se soit enclenchée. Son livre, Le choix de le Bretagne, nʼest pas un événement éditorial. Cʼest une publication assez convenue, on ne sent pas de souffle.

Lʼautre grande nouveauté, cʼest lʼaccord Troadec-UDB. Cʼest un événement en Bretagne et ce à plusieurs titre. Le premier, cʼest que même si lʼimpact électoral a toujours été assez limité pour le moment, les régionalistes vont être unis autour dʼune plateforme. Cʼest un peu une nouvelle donne. Dʼhabitude, lʼUDB partait dans des stratégies dʼalliance soit avec EELV, soit avec la majorité actuelle, qui ont dʼailleurs permis dʼaccéder à des postes, à des ressources. Cʼest donc un changement stratégique qui a été opéré, qui nʼa sûrement pas été facile, mais qui, à mon avis, est une vraie nouveauté dans le jeu politique breton. Dʼune certaine manière, les régionalistes vont pouvoir se compter et voir ce quʼils pèsent deux ans après les bonnets rouges et après une deuxième partie de quinquennat de François Hollande qui a beaucoup déçu, sur la question de la Loire-Atlantique, de la décentralisation, des langues régionales. Beaucoup de déception et donc un terreau assez favorable, a priori, aux régionalistes. Donc tout va dépendre évidemment de la logique de la campagne, de leur capacité à atteindre les 10 % au 1er tour. Je pense que lʼobjectif doit être de se maintenir au second tour pour pouvoir peser dans une majorité politique, quelle quʼelle soit. Éventuellement si Jean-Yves le Drian avait besoin de lʼaide des régionalistes…

Pensez-vous quʼil va y avoir une course à lʼéchalotte entre les différents candidats aux élections régionales sur la question de la question bretonne du fait de ce pôle breton qui viendrait perturber lʼéquilibre ?

Je pense ! La liste régionaliste va contraindre les principales listes de droite et de gauche à se positionner plus clairement sur la question institutionnelle. En faisant un jeu dʼéquilibriste dʼailleurs parce quʼon mesure mal ce que pourrait obtenir la gauche, quʼelle nʼaurait pas déjà obtenu ! De lʼautre côté [à droite], que pourraient-ils obtenir sans une majorité à lʼéchelle nationale ? On peut se poser beaucoup de questions. Par contre, où je pense que la liste régionaliste peut peser, cʼest sur la possibilité donnée aux régions par la loi NOTRe de demander des délégations de compétences. Il faut donc que les régionalistes soient clairs sur les délégations de compétence que la Région Bretagne demanderait au gouvernement et de tester les autres listes sur ces futures délégations, en matière de culture, dʼemploi, dʼaction sociale… Il y a possibilité de prendre le gouvernement au mot et de lui dire « oui, nous allons jouer votre jeu de la loi NOTRe et demander des délégations de compétences » et donc de prendre des engagements devant les Bretons sur ces demandes et notamment devant la gauche socialiste qui serait la plus à même dʼobtenir ces délégations. On peut donc sʼattendre à un jeu à trois qui va donner à cette liste régionaliste un rôle dʼaiguillon important.

Plus quʼEELV dont le fond est pourtant fédéraliste ?

EELV a un fond institutionnel fédéraliste assez clair, cʼest ailleurs pour cela que lʼUDB sʼest souvent alliée avec eux. Le problème quʼils vont rencontrer, ce sont les tensions entre les écolos des villes et les écolos des champs. Avec des tensions aussi autour dʼun des secteurs clés de lʼéconomie bretonne comme lʼagro-alimentaire où EELV est dans la rupture alors que jʼai le sentiment quʼune majorité de bretons sont pour lʼemploi, pour le développement, pour une économie productive raisonnable. Est ce quʼEELV est sur ce modèle là ? Je nʼen suis pas toujours sûr. Ils sont tout de même sur un modèle de rupture beaucoup plus important. Il y a également ce paradoxe politique pas avec lequel EELV devra composer, celui d’être fort électoralement dans les grandes villes bretonnes mais beaucoup plus faible dans les campagnes.

Le FN prospère justement en zone rurale et péri-urbaine et si on se réfère au score quʼil avait obtenu en 2010, il semble plus que probable que ce parti se maintienne au second tour et quʼil y ait un groupe FN dans lʼassemblée régionale…

Cʼest tout à fait possible et cela handicaperait plutôt la droite. Si le FN passait la barre des 10 %, ce serait une épine dans le pied de Marc le Fur. Les européennes en Basse-Bretagne ont confirmé quʼune partie du vote contestataire qui, dans dʼautres régions, pourrait passer au FN, sʼest reportée sur la la liste Troadec. Cela peut être un moteur supplémentaire pour les régionalistes en Basse Bretagne et ça peut être un des éléments de modération du vote FN dans cette partie de la Bretagne.

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La Rédaction
Le Peuple breton est un magazine d’opinion, mensuel, entièrement bénévole fondé en 1964. Il est tiré à 4000 exemplaires papier par mois.
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