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Lʼavenir des pays en voie de développement passe-t-il par les migrants ?

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Aujourdʼhui, 16 juin, cʼest la « journée mondiale de lʼenfant africain ». Cʼest aussi la première « journée internationale des versements familiaux » [ndlr : traduction approximative] qui reconnaît la contribution financière important des travailleurs migrants au développement de leur pays dʼorigine. Cette journée est, selon le FIDA, le fond international pour le développement agricole (organisme dépendant des Nations Unies) un « encouragement à faire plus pour maximiser lʼimpact de ces fonds dans le monde en voie de développement ». Toute la presse dʼaujourdʼhui se fait lʼécho de leur dernier rapport… sans lʼanalyser !

Lʼannée dernière, les travailleurs migrants vivants en Europe ont envoyé chez eux 109,4 milliards de dollars (soit 97,5 milliards dʼeuros). Cʼest ce quʼaffirme le FIDA. Selon ce rapport de la FIDA, le montant moyen envoyé par chaque migrant se situerait entre 1500 et 3200 de dollars par an (soit entre 1336 et 2673 euros). Et cʼest principalement vers lʼAsie que transitent ces sommes envoyées depuis lʼEurope. En France, cʼest 10,5 millions de dollars (soit 9,3 milliards dʼeuros) qui partent vers les personnes « restées au pays ». Une information à point nommé pour les bas de plafond qui se disent alors que cʼest de lʼargent qui ne rentre pas dans les caisses de lʼÉtat français…

La FIDA estime que ces « 40 % de versements [vont] dans des aires rurales », ce qui est un « immense potentiel pour le développement rural ». Et dʼexpliquer sur leur site que « si les travailleurs migrants et leurs familles avaient plus dʼoptions, ils pourraient investir – même si cʼest une faible part de leur argent – dans des activités productrices et de la petite économie. Cela pourrait créer des emplois, sécuriser lʼapprovisionnement alimentaire et mener à des vies meilleures ». À cette fin, le rapport recommande « dʼaméliorer lʼaccès aux services financiers basics comme lʼépargne et le crédit ». Le rapport plaide aussi pour « plus de compétition sur le marché pour abaisser les coûts de transfert » étant entendu quʼun migrant, en Europe, « dépense environ 7,3 % du montant quʼil envoie en taxes ».

On sait que ces sommes envoyées par les migrants à leur familles sont cruciales. Selon lʼIFAD, elles peuvent représenter parfois plus de 50 % des revenus des familles. Mais ce qui transparaît surtout de ces « rapports » réalisés par les grandes puissances mondiales, cʼest que les pays « en voie de développement » feraient bien dʼadopter le modèle économique dominant ! Nulle part, il nʼest indiqué la perte que constitue lʼémigration, lʼexil. Pourtant, ces quelques milliards ne remplaceront jamais les travailleurs qui, ayant fui leur pays pour des raisons diverses et variées, ne participent pas directement à son économie, ni à son éventuel développement. Non, pour ce rapport, ces migrants utilisent simplement leur droit à la mobilité, droit quʼon leur refuse pourtant à lʼentrée, mais quʼon est forcé dʼadmettre une fois quʼils sont arrivés. À moins quʼon ne les renvoie chez eux si lʼopinion publique commence à grogner.

Plus que jamais, Le Peuple breton appelle à la création du « droit à rester », déjà évoqué dans ses colonnes. Ce nʼest quʼainsi que lʼon mesurera la réalité du « droit à la mobilité ». Car on ne peut confondre la mobilité choisie (tourisme, ouverture sur le monde…) de la mobilité contrainte (exil économique ou lié à la guerre). Or, tous ces organismes para-publics se satisfont de la situation actuelle. Au point dʼinsinuer que lʼavenir des pays en voie de développement passe par les migrants. Honte sur vous !

> Gael BRIAND

Gael BRIAND
Gael BRIAND est rédacteur en chef du mensuel Le Peuple breton depuis 2010. Il est l'auteur de "Bretagne-France, une relation coloniale" et a coordonné l'ouvrage "Réunifier la Bretagne ? Région contre métropoles". [Lire ses articles]
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