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Affaire Orange. Défense de critiquer l’occupation israélienne en Cisjordanie

orange palestine

Campagne de BDS France contre Orange

En particulier durant les derniers mois, le gouvernement de droite israélien a eu tendance à évoquer l’antisémitisme pour qualifier quiconque exprime son opinion à propos de l’occupation illégal de la Cisjordanie (que le gouvernement appelle Judée et Samarie dans l’idée d’effacer l’identité palestinienne). Cette fois-ci, l’affaire s’est soudainement transformée en accident diplomatique.

Depuis une décennie, la campagne internationale BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) cible l’occupation israélienne des territoires palestiniens en appelant au boycott des produits israéliens, notamment en provenance des colonies (illégales selon le droit international), tout comme au désinvestissement et aux sanctions envers Tel Aviv. Depuis un moment, la campagne reçoit de plus en plus de soutien dans le monde, jusqu’à inquiéter le nouveau gouvernement de droite (voire extrême-droite) israélien, considéré par beaucoup comme étant l’expression des colons illégaux en territoire palestinien.

Au cours de la dernière attaque israélienne massive contre la Bande de Gaza, Bordure de Protection, qui a fait plus de 2000 victimes parmi les palestiniens, les membres de BDS France ont exercé une forte pression sur la compagnie téléphonique française Orange, coupable d’avoir mis en place un partenariat avec une compagnie israélienne qui dessert les colons et les militaires de l’armée israélienne dans les territoires occupés et durant les opérations militaires à Gaza.

Sans doute à cause de cela, il y a une semaine, Stephan Richard, PDG d’Orange, intervenant dans un colloque au Caire, a envisagé l’interruption de toutes relations avec son partenaire israélien, tout en confiant qu’il a craignait les sanctions pénales prévues par le contrat signé.

Quelques heures plus tard, on ne comptait plus les condamnations des propos de Stephan Richard, ni les déclarations d’amitié inconditionnelle envers Israël de la part de Quai d’Orsay (personne n’a encore compris pourquoi il faut introduire chaque réflexion au sujet du gouvernement de Tel Aviv par une déclaration d’amitié pour Israël). Même Nicolas Sarkozy, au cours d’une visite à Jérusalem il y a 3 jours (en quelle qualité ?), a qualifié d’inadmissible et d’illégal le boycott. Dans un pays qui a institutionnalisée une occupation militaire, où l’armée emprisonne pendant des mois et sans aucun droit des enfants qui lancent des pierres contre les blindés dans leur propre territoire, M. Sarkozy considère inadmissible et illégal le boycott ! On n’attendait pas mieux de la part du président de la république qui a permis à Kadhafi de s’installer dans un camp de tentes au centre de Paris pour ensuite décider de le détrôner par une attaque militaire. Après tout, on ne peut pas demander à chaque Homme d’État de rester dans l’histoire comme un génie de la diplomatie.

Quoi qu’il en soit, Stephan Richard, accusé d’avoir exprimé ses propos pour faire plaisir à l’auditoire arabe, a dû déclarer aimer Israël, s’est vu refuser un rendez-vous par l’ambassadeur de Tel Aviv à Paris, et devra se rendre dans l’État Hébreu pour s’expliquer. En somme, une marche arrière désespérée.

Mais cela ne suffit pas. Suite à cet événement, la guerre de Netanyahu contre le boycott a débuté à l’échelle internationale. Le chef de gouvernement est intervenu par téléphone à la conférence anti-Bds organisée à Las Vegas (lieu d’histoire et de culture) pour annoncer un investissement gouvernemental de 26 millions de dollars pour faire face à la campagne Bds et dénoncer l’attaque contre Israël. Au cœur de cette contre-offensive, on trouverait le millionnaire américain Sheldon Adelson, qui a parlé d’un vaste programme d’actions contre la campagne de boycott.

De manière générale, l’impression est que Tel Aviv a peur que des sentiments critiques envers l’occupation militaire de la Cisjordanie puissent se sédimenter auprès des élites en Europe et aux États-Unis.

Il y a un peu plus d’un an, un État économiquement et militairement très puissant a été soupçonné d’être intervenu illégalement dans le territoire d’un autre État pour en occuper une partie et l’annexer. La communauté internationale a puni cet État par des sanctions, sanctions qui durent toujours. On fait référence ici au rôle de la Russie en Ukraine. Personne n’a qualifié les sanctions, une mesure bien plus lourde que le boycott, d’« illégales ».

Il est dommage que, pour une énième fois, on ait renoncé à ouvrir un débat sérieux et désormais incontournable sur l’occupation israélienne en Cisjordanie. De la même manière, il semble qu’il n’y ait pas de logique à chercher dans l’attitude de la communauté internationale à l’égard de la politique israélienne en Cisjordanie. Il suffit juste d’apprendre par cœur cette règle : Défense de critiquer l’occupation.

> Francesco Ditaranto

Francesco Ditaranto
Francesco DITARANTO est diplômé de Sciences Politiques et Relations Internationales et titulaire d'un master en journalisme d’enquête. il produit des reportages pour la revue italienne Erodoto 108 , fut rédacteur en chef de Radio Città Fujiko, à Bologna et est correspondant de l’Italie pour Le Peuple Breton. Il est également auteur et scénariste de la bande dessinée « Io Dov’ero? » parue en octobre 2014.
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