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Lʼascension du SNP en Écosse

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Le SNP a entamé sa longue marche démocratique vers Westminster en 1934, il y a donc 81 ans. Il parvint à faire élire un député lors dʼune élection partielle en 1945 puis à nouveau en 1967, mais cʼest en 1970 quʼil obtint son premier député lors dʼune élection générale. Depuis cette date, le SNP a siégé sans interruption au parlement britannique. Mais pour bien évaluer le dernier succès, il faut mesurer lʼaccroissement du nombre de ses électeurs qui sont passés de 464 314 en 2001 à 1 454 436 en 2015. Cʼest ce basculement progressif et irréversible qui a permis de faire élire 56 députés, sur les 59 que compte lʼÉcosse.

Les quatre étapes du SNP

A lʼorigine, la genèse de lʼoffre politique du SNP sʼest construite patiemment durant une longue période de gestation de 1934 à 1970. 36 années furent nécessaires pour obtenir enfin et maintenir depuis lors une représentation permanente à Londres.

Dans un second temps, la pression constante sur le terrain de 1979 à 1996, durant lʼère – glaciaire – conservatrice qui a durablement refroidi le Royaume Uni, a finalement incité le Labour à rechercher un large support notamment dans ses fiefs écossais (et gallois) en promettant la dévolution pour lʼÉcosse (et pour le Pays de Galles) en cas de succès aux élections générales suivantes. Au cours de cette période conservatrice de quatre mandatures, la représentation du SNP à Londres a été réduite à deux députés pendant deux mandats suivis de deux autres à trois députés.

Ensuite, la marche vers le pouvoir a réellement démarré à partir du projet de dévolution porté par le candidat Blair très en amont de la campagne législative de 1997. Cette promesse a sûrement contribué le 1er mai de la même année, à lʼélection en Écosse de 56 députés du Labour (sur les 72 possibles à lʼépoque) et à la victoire de Tony Blair (34 députés du Labour ayant par ailleurs été élus au Pays de Galles). Ces quelques 90 députés représentaient plus de 21 % des sièges du Labour à Westminster et constituaient la marge de sécurité au delà de la majorité absolue pour cette législature (90/418, maj. absolue 330/659).

La première élection du parlement écossais sʼest donc tenue en 1999 suite à lʼadoption du Scotland Act en 1998, conformément à la promesse de Tony Blair. Dans ce parlement écossais, après deux mandats passés dans lʼopposition, le SNP a accédé aux commandes une première fois avec un gouvernement minoritaire en 2007.

Hélas, en 2010, le Royaume Uni sʼest de nouveau rendu aux conservateurs qui ont à nouveau mis en œuvre une politique néo-libérale débridée totalement opposée aux valeurs redistributives traditionnelles des écossais qui, pour leur part, avaient tout de même envoyés pas moins de 41 députés du Labour et 6 du SNP sur 59 à Westminster.

Le quatrième acte de la pièce a enfin pu se jouer après lʼécrasante victoire du SNP à lʼélection écossaise de 2011 qui lui a permis de constituer un gouvernement majoritaire sʼappuyant sur 69 des 129 MSPs de Holyrood (MSP = Member of Scottish Parliament).

Ainsi, dès 2011, pour tenter dʼamortir lʼimpact sur les plus fragiles, le gouvernement SNP a taché dans la mesure de ses moyens politiques et budgétaires et au travers des compétences dévolues de contrebalancer les décisions antisociales prises à Londres. Le SNP a ainsi conforté son ancrage à la gauche du Labour auquel il a confisqué le statut de rempart contre les politiques funestes de la droite conservatrice.

Lʼengagement de tenir un référendum sur lʼindépendance

Dès la campagne pour les élections écossaises de 2007, le manifeste du SNP comportait lʼengagement de tenir un référendum sur lʼindépendance. Mais à lʼissue de ce scrutin, le nombre dʼélus fut insuffisant car avec 46 sièges sur 129, soit un seul siège dʼavance sur le Labour, le SNP fut contraint de constituer un gouvernement minoritaire.

Cependant, ce gouvernement nationaliste lança malgré tout une « conversation nationale » dès le mois dʼaoût 2007 qui déboucha sur une proposition de loi référendaire en novembre 2009. Cette proposition de loi fut rendue publique en février 2010 pour inviter la population à faire des commentaires sur la manière dʼorganiser ce référendum, mais à lʼissue dʼun vote au parlement écossais, la proposition de loi ne reçu pas un soutient suffisant (50 voix seulement sur 129) et elle du être ajournée provisoirement.

Pour autant, le SNP ne renonça pas et réintégra son engagement à organiser un référendum dans son manifeste pour lʼélection écossaise de 2011. Alex Salmond déclara que ce référendum serait organisé dans la seconde moitié de la mandature afin de conforter préalablement la dévolution. Le SNP parvint alors à remporter la majorité absolue (69 sièges sur 129) ce qui conféra au nouveau gouvernement le mandat dʼorganiser le référendum proposé pendant la campagne.

David Cameron ne pu sʼopposer à la demande des écossais et lʼaccord dʼEdinbourg fut conclu en octobre 2012 entre les deux gouvernements, pour tenir le référendum sur lʼindépendance de lʼEcosse le 18 septembre 2014.

La dynamique du référendum

Il sʼensuivit une mobilisation impressionnante des deux camps du « YES » et du « NO » pendant plus dʼune années. Bien au delà du SNP, la société civile toute entière se mit à débattre des conséquences induites par lʼindépendance. Un véritable débat démocratique sʼinstaura qui vit le camp du oui sʼapprocher irrésistiblement de la barre des 50 % au cours de lʼété 2014 provoquant la panique à Londres.

À tel point que les trois partis londoniens se sentirent obligés dʼorganiser une tournée conjointe de leurs leaders respectifs dans la semaine précédant le référendum. La dynamique du « YES » semblant prendre de lʼampleur les trois compères durent aller jusquʼà mettre sur le tapis un « serment » de dernière minute sensé garantir plus de dévolution (Devo-Max) pour inciter les écossais à voter « NO » et rester ainsi dans le Royaume Uni.

the vow-2Une campagne médiatique finale ahurissante et biaisée aussi bien de par la BBC que par les grands tabloïds britanniques a imposé un forcing deux jours avant le scrutin pour rameuter les indécis allant jusquʼà promouvoir le serment (The Vow) des trois leader londoniens dʼaccorder plus de dévolution à lʼÉcosse si elle restait dans lʼUnion.

Sans doute, ces pressions médiatique et politique associées à une certaine emphase dans les discours et les articles ont contribué à faire basculer les hésitants dans le camp du « NO » au cours des derniers jours. En effet, les journaux unionistes et la BBC ont massivement plaidés pour le maintient de lʼÉcosse dans le giron du RU dʼune manière clairement partisane.

Après une campagne acharnée et une participation de 84.6 %, le résultat final consacra la victoire du « NO » qui recueillit 2,001,926 (55.3 %) votes contre lʼindépendance, face aux 1,617,989 (44.7 %) votes en faveur.

« The vow »

Le lendemain du référendum, il apparut que le document présenté à la une du Daily Record le 16 Octobre nʼexistait pas réellement et quʼaucun texte de la sorte ne portait la signature des trois leaders. Devant la scandale naissant, David Cameron, dès le 19 septembre, du déclarer quʼil allait mettre en œuvre une commission pour octroyer une dévolution importante à lʼÉcosse. Il a alors chargé Lord Smith of Kelvin de transformer lʼincendie de désapprobation en pacte éclairé.

La commission Smith associa des représentants du Scottish Labour Party, du Scottish Liberal Democrats et du Scottish Conservatives pour le camp du « NO » et du Scottish National Party (SNP) et du Scottish Green Party pour lʼautre.

Des représentants majeurs du SNP déclarèrent alors quʼils allaient utiliser ce processus pour proposer une recomposition radicale du Royaume-Uni dans lequel une puissante Écosse fédérale disposera du contrôle complet sur la collecte des impôts et sur les dépenses publiques ne laissant que la défense et les affaires étrangères à la charge de Westminster.

Le SNP, par la voix de sa nouvelle dirigeante Nicola Sturgeon, déclara que le langage employé dans et à propos de ce serment (the vow) se rapprochait du fédéralisme ou, mieux, du « home rule ».

Le 27 novembre 2014, la commission Smith publia un rapport détaillant les accord principaux sur une dévolution de pouvoir plus importante au Parlement écossais.

La participation est au cœur de lʼapproche institutionnelle écossaise, comme le souligne un auteur de la fondation Schuman. Lʼambition est dʼouvrir la vie politique au plus grand nombre et cette « nouvelle vie politique » a pour fondement lʼimplication des citoyens dans les processus de décision. A cette fin, le Parlement dʼÉdimbourg a adopté différentes méthodes pour encourager les citoyens à participer à la vie politique. Il propose toujours lʼindispensable fusion entre les institutions qui fournissent informations et services et les citoyens auxquels cet ensemble de services est destiné. Lʼensemble des services a pour but dʼengager et dʼencourager le dialogue entre la société civile et les dirigeants. Quant au SNP, il tient à faire intervenir les citoyens dans la rédaction des textes législatifs. Le point essentiel est tout dʼabord dʼécouter ce que le peuple a à dire, comme lʼaffirme lʼactuelle présidente du Parlement écossais, Tricia Marwick (depuis le 11 mai 2011) : « un endroit où les politiciens entendent ce que les voix du peuple expriment. »

L’indépendance liée à un projet de société

Une autre étude révèle que la population nʼest pas intéressée par les attributs visibles de lʼindépendance, particulièrement par les portefeuilles de la défense et des affaires étrangères. En revanche, ils se montrent extrêmement attachés aux questions relatives à lʼéducation, à la santé et à la sécurité sociale. Le Parlement écossais a pour préoccupation constante le bien-être social de ses électeurs.

Ce sont les reniements du Labour et son adhésion à la politique dʼaustérité, puis la participation dʼEd Milliband, le leader du Labour, aux cotés des deux leaders de la coalition de droite à Westminster dans la tournée pré-référendaire pour le camp du « NO » et enfin les révélations sur la supercherie du Daily Record qui ont achevé les illusions des militants du Labour. Ceux ci ont commencé à adhérer en masse au SNP à lʼissue de la campagne référendaire. Le SNP passa ainsi officiellement le cap des 100000 adhérents le 23 mars 2015, alors quʼil nʼen comptait « que » 25000 à la veille du référendum.

Ce glissement incroyable laissait déjà présager du résultat extraordinaire aux élections générales. Et comme lʼavait pronostiqué Alex Salmond dans une interview au Guardian le 14 octobre dernier : lʼÉcosse a finalement pris sa revanche dans les urnes sur les trois partis de Westminster, à cause de l’abîme qui séparait les offres effectives de dévolution augmentée de ce que ces partis avaient promis à la veille du référendum sur lʼindépendance.

Mais cʼest surtout le manque de combativité des travaillistes et le suivisme du Labour dans la politique dʼaustérité prônée par les conservateurs qui a conduit un tiers de ses électeurs (environ 300 000) dans le camp du SNP. Le vote pour le SNP a réellement traduit un choix en faveur de politiques différentes, résolument ancrées à gauche, et de la volonté de conserver des services publics efficaces et correctement financés.

Le SNP a su incarner une alternative crédible à la politique neo-libérale en exploitant le sentiment diffus dans lʼélectorat de gauche que les travaillistes étaient devenus incapables de garantir les orientations choisies démocratiquement par le peuple écossais. Les électeurs ont intégré lʼargument : « si vous votez travailliste en Écosse, vous récolterez en fait une politique conservatrice mise en œuvre depuis Londres, seules la dévolution, voire lʼindépendance pourraient changer votre situation. »

Par ailleurs, et cela est également remarquable, la campagne référendaire a eu pour effet de remobiliser une frange de la population qui ne votait plus. La participation lors du référendum avait atteint 84.6 % et lors de l’élection générale suivante le taux de participation sʼest maintenu à 77.1 % (5 points de plus que dans lʼensemble du RU) soit 450 000 votants supplémentaires par rapport à 2010.

Près dʼun million de voix supplémentaires se sont portées sur les candidats du SNP entre 2010 et 2015, le Labour en a perdu 300 000 et le LibDem 200 000, tandis que les Tories en ont gagné 20 000 et tous les autres 35 000. Dès lors, on doit constater que lʼessentiel des nouveaux votants ont du choisir un candidat SNP.

Source : The Scotsman
Source : The Scotsman

> Gwenael HENRY

Gwenael HENRY
Gwenael Henry vit à Lézardrieux. Il est membre du bureau politique de l'UDB.
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